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La Toussaint a sonné, les morts lèvent la tête
Aux prières de ceux qui ne les oublient pas ;
C'est un lugubre jour, c'est une sombre fête...
Le Suaire s'agite, et danse avec le Glas!
La Feuille et le Soleil, ce corps fait par cette âme,
Ont tristement tous deux une froide couleur ;
L'une, morte, s'envole... et l'autre, pauvre flamme,
Retire son foyer, comme on reprend son cœur.
Le Vent n'est plus la Brise... il crie, il se tourmente
Comme quelqu'un qui perd, dans la nuit, son chemin ;
Soufflant sur les maisons, il va de fente en fente
Effrayer les enfants par un aigu refrain.
L'eau des gazons, des fleurs, ce cristal qui se casse,
Se rejoint aussitôt qu'il vient d'être cassé,
Cette voix du Poète, à présent elle glace...
On frissonne à l'entendre, au lieu d'être bercé.
L'oiseau qui reste ici, quelque peu chante encore,
Mais c'est un dernier mot à la joie, au plaisir ;
C'est un adieu plaintif au Soleil, à l'Aurore...
Car, sur son lit de neige, il va bientôt souffrir.
. . . . .
Alors, il faut quitter sa maison de campagne,
Si modeste que soit cette habitation.
On laisse un palais d'air, de loisirs, de Cocagne...
Et l'âme prend le deuil... car y reviendra-t-on?