«
« Un soir que j’étais là, heureux dans ma famille,
« Que la Brise riait à travers la Charmille, –
« Où tous nous nous disions que le soir était beau,
« Que le Ciel, ce vieux dais, semblait toujours nouveau
« En Beauté, en Grandeur, en Puissance, en Mystères…
« À l’heure où Quelques-uns ont peur des cimetières ; –
« Un agent de la Loi soudain se montre à Nous,
« Porteur d’un ordre en fer solide de verrous.
« On arrêtait mon corps, l’on me brisait l’âme !
« On m’enfonçait au Cœur la plus tranchante lame.
« Oh ! l’ACCUSATION !... (impitoyable dent
« Qui mord avec fureur même sur l’innocent,)
« M’avait, hélas ! touché… J’en sentais la bavure
« Étendre sur ma vie une large brûlure !...
« C’est ce qui me fit pâle et muet de terreur,
« Portant sur l’Avenir mon unique frayeur.
« J’obéis avec calme à l’organe de Geôle,
« Où j’allais d’un pas ferme et sans nulle parole
« De malédictions et de pensers d’Enfer,
« Levant la tête au ciel sans audace, mais fier ;
« Seulement je pleurais de douleur infinie…
« Où m’appelait en vain ma mère évanouie !...
« Je franchis donc ce seuil redouté de prison.
« En y passant, j’eus froid… pourtant sans nul frisson
« De ceux qu’on doit avoir par remords et par crainte ;
« Au contraire, hâtant mon séjour dans l’enceinte
« Du Crime découvert, du Crime à découvrir,
« C’est, disais-je, un moyen le plus bref d’en sortir ;
« Et l’acte solennel que j’eus besoin de faire,
« Ce fut de prosterner ma face contre terre !...
« Alors je respirai de l’air moins étouffant…
« Il me parut entendre… et, la porte s’ouvrant,
« Mon père m’annonça la plus douce nouvelle :
« – Ta mère a dit : « Mon fils ! » J’avais prié pour Elle !!
« Au jour elle arriva… me pressant sur son sein…
« Lorsqu’on sent cette joie, on n’a plus de chagrin.
« Il fallut se quitter… me laisser seul au monde…
« Sachant ce désespoir dont une mère abonde…
« Et torturant mon cœur par des mots déchirants…
« Tantôt comme une flamme et tantôt expirants !...
« Ma conscience alors ne pouvait plus sourire
« Avec tranquillité. – Ne trouvant rien à dire,
« Sous un tel poids de pleurs, je tombais écrasé…
« Et sans âme et sans corps, j’étais paralysé.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
« Le froid de mon tombeau me fit un peu revivre ;
« Chancelant, alourdi, je paraissais être ivre…
« Mais le Soleil, prenant dans le Ciel son essor,
« M’apporta, sur le front, le coin d’une aile d’or…
« Je pensai ; j’espérais jaillir en étincelles
« De cette Vérité qui fait, des plus rebelles,
« Des brebis en douceur de tigres qu’ils étaient ;
« Puis bientôt mes frissons en chaleur se changeaient.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
« Trois mois se sont passés avant que la Justice
« M’amenât devant elle au Tribunal d’office,
« Aux assises du Lieu, – sanglante expression
« De Viols, d’Assassinats, de Vols et de Poison !
« Enfin je vins m’asseoir au banc de l’Infamie,
« De l’Innocent aussi, de l’Innocent qui prie…
« Et puis on me jugea… je fus un criminel,
« Sinon de fait, au moins déclaré comme tel.
« Mes protestations, on les traita d’emphase ;
« Tout sembla me trahir, du sommet à la base.
« Terrassé, convaincu, succombant en tous points,
« Je me réfugiai dans de célestes soins ;
« Ma mère et l’Éternel me firent du courage…
« Mon maintien fut de marbre au lieu d’être de rage,
« Et je me dis : – Mon Dieu, tu m’as donc éprouvé !...
« Oui, car je reste pur… et crois avoir rêvé. »