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L'innocent-coupable

Xavier Forneret · 1860 · Romantisme · 19e siècle
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« Un soir que j’étais là, heureux dans ma famille, « Que la Brise riait à travers la Charmille, – « Où tous nous nous disions que le soir était beau, « Que le Ciel, ce vieux dais, semblait toujours nouveau « En Beauté, en Grandeur, en Puissance, en Mystères… « À l’heure où Quelques-uns ont peur des cimetières ; – « Un agent de la Loi soudain se montre à Nous, « Porteur d’un ordre en fer solide de verrous. « On arrêtait mon corps, l’on me brisait l’âme ! « On m’enfonçait au Cœur la plus tranchante lame. « Oh ! l’ACCUSATION !... (impitoyable dent « Qui mord avec fureur même sur l’innocent,) « M’avait, hélas ! touché… J’en sentais la bavure « Étendre sur ma vie une large brûlure !... « C’est ce qui me fit pâle et muet de terreur, « Portant sur l’Avenir mon unique frayeur. « J’obéis avec calme à l’organe de Geôle, « Où j’allais d’un pas ferme et sans nulle parole « De malédictions et de pensers d’Enfer, « Levant la tête au ciel sans audace, mais fier ; « Seulement je pleurais de douleur infinie… « Où m’appelait en vain ma mère évanouie !... « Je franchis donc ce seuil redouté de prison. « En y passant, j’eus froid… pourtant sans nul frisson « De ceux qu’on doit avoir par remords et par crainte ; « Au contraire, hâtant mon séjour dans l’enceinte « Du Crime découvert, du Crime à découvrir, « C’est, disais-je, un moyen le plus bref d’en sortir ; « Et l’acte solennel que j’eus besoin de faire, « Ce fut de prosterner ma face contre terre !... « Alors je respirai de l’air moins étouffant… « Il me parut entendre… et, la porte s’ouvrant, « Mon père m’annonça la plus douce nouvelle : « – Ta mère a dit : « Mon fils ! » J’avais prié pour Elle !! « Au jour elle arriva… me pressant sur son sein… « Lorsqu’on sent cette joie, on n’a plus de chagrin. « Il fallut se quitter… me laisser seul au monde… « Sachant ce désespoir dont une mère abonde… « Et torturant mon cœur par des mots déchirants… « Tantôt comme une flamme et tantôt expirants !... « Ma conscience alors ne pouvait plus sourire « Avec tranquillité. – Ne trouvant rien à dire, « Sous un tel poids de pleurs, je tombais écrasé… « Et sans âme et sans corps, j’étais paralysé. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . « Le froid de mon tombeau me fit un peu revivre ; « Chancelant, alourdi, je paraissais être ivre… « Mais le Soleil, prenant dans le Ciel son essor, « M’apporta, sur le front, le coin d’une aile d’or… « Je pensai ; j’espérais jaillir en étincelles « De cette Vérité qui fait, des plus rebelles, « Des brebis en douceur de tigres qu’ils étaient ; « Puis bientôt mes frissons en chaleur se changeaient. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . « Trois mois se sont passés avant que la Justice « M’amenât devant elle au Tribunal d’office, « Aux assises du Lieu, – sanglante expression « De Viols, d’Assassinats, de Vols et de Poison ! « Enfin je vins m’asseoir au banc de l’Infamie, « De l’Innocent aussi, de l’Innocent qui prie… « Et puis on me jugea… je fus un criminel, « Sinon de fait, au moins déclaré comme tel. « Mes protestations, on les traita d’emphase ; « Tout sembla me trahir, du sommet à la base. « Terrassé, convaincu, succombant en tous points, « Je me réfugiai dans de célestes soins ; « Ma mère et l’Éternel me firent du courage… « Mon maintien fut de marbre au lieu d’être de rage, « Et je me dis : – Mon Dieu, tu m’as donc éprouvé !... « Oui, car je reste pur… et crois avoir rêvé. »

Notes

Recueil: Ombres de poésie.

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