«
A la mort d’une jeune fille
Tes paroles étaient toutes celles d'un ange,
Tendre rose aux yeux bleus !
Tu pars, tu vas au ciel — sans des marques de fange,
Avec tes blonds cheveux.
Tu souris quand on pleure... et la lèvre entr'ouverte
Semble encore parler...
Tu meurs, ô pauvre enfant, quand la saison est verte,
Mais pour étinceler :
Pour dire à notre Dieu : — « Me voilà blanche et pure,
« Dieu tout-puissant et bon...
« Des vierges, des bouquets ont fait ma sépulture,
« Et chassé le Démon.
« Prenez, recevez-moi; pour consoler ma mère
« Qui s'arrache le Coeur... !
« Qu'elle me sache à vous, pour que soit moins amère
« Son horrible douleur !
« Je lui ferai passer, alors, de ce sourire
« Que vous me donnerez,
« Ô vous si grand toujours, plus qu’on ne peut le dire,
« Pour ce que vous offrez. —
« Pauvre mère ! un serpent est autour de son âme,
« La déchire, la tord...
« La brûle affreusement de sa langue de flamme
« Allumée en ma mort !
« Je la vois pâle et fixe, échevelée et folle...
« Son cœur n'a plus de mots ;
« Pitié, mon Dieu ! pitié ! mettez-lui l'auréole
« Du calme, du repos.
« À vous Seigneur, Sauveur, moi, votre fiancée
« Je vous dis mon cher vœu...
« Je viens vous demander pour ma mère glacée
« Un peu de votre feu,
« Et puis, je me confesse : — il existe en le monde
« Un jeune homme bien beau...
« Aussi beau que le Jour quand le Soleil l'inonde,
« À l'œil plus pur que l'Eau…
« Je l'aimais, lui m'aimait... Nos pensées caressantes
« Riaient sur notre amour ;
« Car ma mère approuvait nos âmes palpitantes
« À l'approche du Jour !
« Mon tort est celui-ci : Ce fut de ne pas croire
« Qu'il ne me trompait pas...
« Quand je l'ai reconnu, je ne pouvais plus boire
« Qu'aux lèvres du Trépas !! » —
On ne doit plus te plaindre, ô belle jeune fille !
Tu vois I'ÉTERNITÉ,
Cet infini des Ans dont tout Siècle s'habille
Bravant la vétusté.
Plus riche qu'un flot d'or sous de superbes arches,
Tu montes au Saint Lieu
Par un grand escalier composé de trois marches
— L'Amour, ta Mère, et Dieu ! —