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Un crime d'enfer

Xavier Forneret · 1860 · Romantisme · 19e siècle
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Un attentat sanglant vient de rougir Paris La Stupéfaction a remplacé les ris… Un poignard bondissant de sauvage énergie, A tranché tout à coup le fil pur d’une vie… Et de qui ce poignard ?... D’un ministre de Dieu ! D’un prêtre !... Oui, c’est un prêtre accourant en ce lieu Que bénissait de mots un prélat vénérable ; Il était adoré, ce prélat adorable Allant prier la Sainte au regard protecteur S’étendant sur la France en partant de son cœur. Paris et sa patronne ont frémi face à face, Tout confondus d’horreur par l’infernale audace D’un VERGER qu’on entend dire, terrifiant, « J’étais sûr de mon coup !... » Ô sang-froid effrayant ! Oui, tu t’es fait un jeu, sortant d’un sombre abîme, D’espérer enrichir les annales du Crime. La Haine arma ton bras assassin – Interdit ! Et tu franchis l’espace, et tu frappas… Maudit ! Oh ! tu justifias la prudente justice Qui voulait t’arrêter au bord du précipice… Mais, le Destin plus fort, il fallut y rouler, Le Destin était là ! Des cœurs à désoler, De parents et d’amis ; un sacrilège outrage À la Religion… Voilà donc ton ouvrage ! Et la foule indignée, odieux meurtrier, Par respect du saint lieu, te laissa vivre entier, Tandis qu’elle aurait pu, dû (peut-être) te rendre Pour le sang précieux que tu venais de prendre, La mort pour ton forfait, sur ce même carreau Où tu t’étais conduit en si cruel bourreau !... Mais quatre murs épais serrent ta conscience En attendant ton heure… et là-haut ta présence… Dieu te demandera compte d’une action Pour laquelle on ne peut présumer de pardon ; Dieu, malgré sa bonté, se montrera sévère, Il aime ses enfants, et punit… en vrai père. Tremble donc, grand Pécheur ; tu t’es ensanglanté, Quand tu devais fléchir devant la charité ! Charité, don du ciel, que pratiquait sans cesse Pour Tous, même pour toi, cette noble vieillesse Qui s’affaissa mourante au coup du criminel, Pour ne plus respirer qu’au sein de l’Éternel ! Et qu’on ne dise pas que tu perdis la tête, Non, tu calculas tout… ta cruauté fit fête… Tu saisis le moment favorable… et soudain Un poignard monstrueux s’élança de ta main. . . . . . . Justice sera faite ; il le faut… et le prêtre Indulgent et soumis, enfin tel qu’il doit être, Le ministre humble et bon ne sortira que mieux De cette tâche infâme, en soleil radieux. . . . . . . Verger, tu ne fus point guidé par la folie, Non ! ta raison paraît loin d’être ensevelie ; Qu’on ne s’y trompe pas, du moins quant au présent Qui réclame un exemple, un juste châtiment. Que la loi s’accomplisse, indispensable, triste, Et qu’un nom soit de plus à la terrible liste… La Religion dit, en solennels accords, « Ne perdez pas mon âme en conservant mon corps ! » . . . . . . L’échafaud s’est dressé… le glaive a fait main basse Sur le Crime et l’Orgueil… Et maintenant, Verger obtiendra-t-il sa grâce Du ciel, pour ce grand deuil ?

Notes

Recueil: Ombres de poésie. Sous-titre: Mort de Monseigneur l’Archevêque de Paris (3 janvier 1857) Note: Le vers 6 semble avoir 13 pieds; peut-être une erreur dans l'édition de 1860.

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