«
Un attentat sanglant vient de rougir Paris
La Stupéfaction a remplacé les ris…
Un poignard bondissant de sauvage énergie,
A tranché tout à coup le fil pur d’une vie…
Et de qui ce poignard ?... D’un ministre de Dieu !
D’un prêtre !... Oui, c’est un prêtre accourant en ce lieu
Que bénissait de mots un prélat vénérable ;
Il était adoré, ce prélat adorable
Allant prier la Sainte au regard protecteur
S’étendant sur la France en partant de son cœur.
Paris et sa patronne ont frémi face à face,
Tout confondus d’horreur par l’infernale audace
D’un VERGER qu’on entend dire, terrifiant,
« J’étais sûr de mon coup !... »
Ô sang-froid effrayant !
Oui, tu t’es fait un jeu, sortant d’un sombre abîme,
D’espérer enrichir les annales du Crime.
La Haine arma ton bras assassin – Interdit !
Et tu franchis l’espace, et tu frappas… Maudit !
Oh ! tu justifias la prudente justice
Qui voulait t’arrêter au bord du précipice…
Mais, le Destin plus fort, il fallut y rouler,
Le Destin était là ! Des cœurs à désoler,
De parents et d’amis ; un sacrilège outrage
À la Religion… Voilà donc ton ouvrage !
Et la foule indignée, odieux meurtrier,
Par respect du saint lieu, te laissa vivre entier,
Tandis qu’elle aurait pu, dû (peut-être) te rendre
Pour le sang précieux que tu venais de prendre,
La mort pour ton forfait, sur ce même carreau
Où tu t’étais conduit en si cruel bourreau !...
Mais quatre murs épais serrent ta conscience
En attendant ton heure… et là-haut ta présence…
Dieu te demandera compte d’une action
Pour laquelle on ne peut présumer de pardon ;
Dieu, malgré sa bonté, se montrera sévère,
Il aime ses enfants, et punit… en vrai père.
Tremble donc, grand Pécheur ; tu t’es ensanglanté,
Quand tu devais fléchir devant la charité !
Charité, don du ciel, que pratiquait sans cesse
Pour Tous, même pour toi, cette noble vieillesse
Qui s’affaissa mourante au coup du criminel,
Pour ne plus respirer qu’au sein de l’Éternel !
Et qu’on ne dise pas que tu perdis la tête,
Non, tu calculas tout… ta cruauté fit fête…
Tu saisis le moment favorable… et soudain
Un poignard monstrueux s’élança de ta main.
. . . . . .
Justice sera faite ; il le faut… et le prêtre
Indulgent et soumis, enfin tel qu’il doit être,
Le ministre humble et bon ne sortira que mieux
De cette tâche infâme, en soleil radieux.
. . . . . .
Verger, tu ne fus point guidé par la folie,
Non ! ta raison paraît loin d’être ensevelie ;
Qu’on ne s’y trompe pas, du moins quant au présent
Qui réclame un exemple, un juste châtiment.
Que la loi s’accomplisse, indispensable, triste,
Et qu’un nom soit de plus à la terrible liste…
La Religion dit, en solennels accords,
« Ne perdez pas mon âme en conservant mon corps ! »
. . . . . .
L’échafaud s’est dressé… le glaive a fait main basse
Sur le Crime et l’Orgueil…
Et maintenant, Verger obtiendra-t-il sa grâce
Du ciel, pour ce grand deuil ?