«
La nature a ce soir le calme d’un tombeau,
Mais d’un tombeau doré… le couchant est superbe,
Et la rosée arrive avec mystère à l’herbe
Depuis le haut du ciel, en sainte essence d’eau.
Le Souvenir, alors, a le temps de parler
À notre âme qui pense, à notre âme qui pleure…
Car qui donc n’a pas eu sa délicieuse heure ?...
Et qui donc n’aime encore à se la rappeler ?
Ah ! c’est surtout le soir, dans l’ombre, dans la nuit,
Que le souffle de ceux que nous aimons sans cesse
Nous reviens doux et pur, nous touche, nous caresse…
Comme Feuille et Zéphir qui la baise sans bruit !
Oui, nous sentons en nous, bien près de notre cœur,
L’artère de l’amour qui bat, se précipite…
Hélas ! sur notre sang qui s’éveille, palpite…
Qu’est-ce qui vient à nous ? Un flot noir, – la Douleur.
Car nous nous souvenons… – Mais, regardant le feu
De l’étoile qui luit et semble être un sourire
De ceux qui ne sont plus, qui ne peuvent plus dire :
« Nous t’aimerons toujours… – Cela console un peu. »
Si nous savions au moins leurs soupirs et leur sort,
S’ils reposent en paix, s’ils n’ont pas de souffrance…
Si le bon Dieu les voit d’un regard d’indulgence…
Mais nous ne savons pas… C’est la mort, c’est la MORT !!
C’est-à-dire plus rien que l’Espoir, que la Foi,
Le baume des malheurs, le parfum des prières,
Qui fait du ténébreux un essaim de lumières
Dont le miel adoucit l’inexorable loi.
Qu’importe, – si le ciel ne veut pas nous bénir,
S’il décide, au contraire, un châtiment terrible
Pour nos égarements… – mon Dieu, le plus horrible,
C’est de plonger en nous l’arme du SOUVENIR !