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Vapeur III

Xavier Forneret · 1838 · Romantisme · 19e siècle
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Du souffle d'un grand vent l'atmosphère est glacée, La route de l'hiver se voit déjà tracée ; Feuille vole en tombant comme une larme d'or. Nous prions le soleil d'échauffer tout au monde, C'est à peine, du haut de sa voûte profonde, S'il nous regarde encor. Nous sommes à un temps où les bouquets se cachent, Où le dernier brin vert, les troupeaux se l'arrachent, Où la bise ne laisse aux arbres que leurs os. En levant nos regards, nous voyons de la neige ; C'est un reflet obscur de la froide Norvège ; Il n'y a plus d'échos. Les ruisseaux vont mourant avec des teints livides ; Bientôt ils quitteront leur infini de rides, Et de cristal coulant seront cristal coulé. Pour les revoir en vie, hélas ! il faut attendre Que les lèvres de mai, douces, viennent leur rendre Un visage perlé. Oh ! tout va donc mourir ! on entend... oui, tout pleure, Oui, tout se dit adieu en attendant son heure : Mais pourtant ce qui passe reviendra un jour ; N'en doute pas, arbuste, et toi, jeune fleurette, Tandis que l'homme aimé, que dans la terre on jette. N'a jamais de retour. C'est bientôt que pour nous un ciel gris va paraître, C'est bientôt qu’en des lieux la misère va naître, Que des mères en cris, avec leurs doux enfants, Auront, sur leur grabat, accablées de tristesse, L'hiver pour se couvrir et la faim pour richesse. Mon Dieu ! quel affreux temps ! Lorsque nos yeux sourient à une flamme agile, Quand nous voyons partout l'étincelle facile, Pétillant sur le feu ; – saisis d'un vif effroi, Nous brûlons au dehors ; mais sous notre pensée Notre cœur se sent mal, et notre âme est gelée ; Car les pauvres ont froid. Bien souvent le dégoût préside à notre table ; C'est pitié d'avoir trop, c'est imiter l'étable Où la brute a parfois des aliments sans fin. Alors, si, parmi nous, se montre un gai convive, Ce luxe et cette joie sont une douleur vive ; Car les pauvres ont faim. Ainsi le monde va. D'un côté la fortune, Une vie de bonheur et presque sans lacune ; De l'autre – les soupirs, regrets et désespoir : Là un père content, une mère pleurante, Puis un heureux époux, les larmes d'une amante ; Rire, ou dents, d'un vouloir. Comme on irait prier en s'ôtant l'existence ! Comme on abrégerait cette longue souffrance D'entendre près de soi gémir des malheureux, Si... – Mais, quitter ses enfants ! abandonner sa mère ! Quelque chose nous dit de prier sur la terre Avant d'aller aux cieux. Parmi tous les humains, rarement la tempête Arrive sans laisser après elle une fête ; C'est du pain pour les uns, pour les autres un baiser. Il est si doux de croire au bonheur dans la vie, Que d'y penser un peu, notre âme rajeunie, Brille et vit pour aimer. À cette heure où je trace un peu ce que j'éprouve, Pas un rayon du ciel, ici-bas, ne se trouve ; Il fait nuit en plein jour ; – le vent souffle plus fort... – Oh ! n'oublions jamais que des mères en peine Pour leurs pauvres petits ont besoin d'une haleine Qui empêche leur mort.

Notes

Recueil: Vapeurs: ni vers, ni prose. Sous-titre: Ecrit à table il y a longtemps.

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