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Vapeur XXII - Le bout du monde

Xavier Forneret · 1838 · Romantisme · 19e siècle
«
Il pleuvait, – et pourtant Malgré l'horrible vent Qui déchaînait son aile Sur la verdure frêle À la fin de ses jours, Sur la feuille mouvante, Mouillée et jaunissante, Nous marchâmes toujours. Partout le ciel jetait De l'eau qui dévastait Les malheureuses vignes, – Autant que si des cygnes, Entr'ouvrant leur gosier, Eussent crié : « Misère ! » Et qu'après leur prière Ils eussent pu plonger. Malgré tout nous allions À travers les vallons, Où donc ? – au bout du monde ! Pensée vide et profonde, – Mais bien vraie pour ce lieu Où la mousse verdâtre Croît au rocher noirâtre, Bel ouvrage de Dieu. Nous sommes sans soleil, Tout est mort, – sans réveil, – Excepté la cascade Qui roule avec saccade Sa voix et son ruisseau. Oh ! quel ciel la recouvre ! À chaque instant il s'ouvre Et vient tacher son eau. Si ce sauvage lieu Avait de cet air bleu Qui baigne notre vue, Qui tient notre âme émue Par sa douce clarté ; Si l'eau était dorée, Limpide ou argentée, Ce serait volupté, Volupté d'être là Sans rien voir au-delà D'un ciel et d'un murmure, – Puis rosée et verdure Au lever du matin. Quel frais pour la pensée, Si notre âme est fanée, De croire à une fin ! Oh ! mais il a son jour De beauté et d'amour, Cet endroit solitaire Où l'on oublie la terre, Ce qu'elle a de joyeux ; Dieu lui crée son étoile, Et la Lune son voile Et le Jour ses beaux feux. L'oiseau vient y chanter, Puis boire et s'y mirer Dans des moments de fête ; – Et de l'herbe y est faite Pour asseoir les amours. Là, une femme aimée Tendrement regardée, Double ce mot : – Toujours ! – Mais le vent vient frémir, Et d'un froid noir rougir Nos mains, notre visage, Amie, vite au village Chauffer tes petits pieds. Retournons à la route De ce monde où l'on doute, Car nous sommes gelés.

Notes

Recueil: Vapeurs: ni vers, ni prose.

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