«
Il pleuvait, – et pourtant
Malgré l'horrible vent
Qui déchaînait son aile
Sur la verdure frêle
À la fin de ses jours,
Sur la feuille mouvante,
Mouillée et jaunissante,
Nous marchâmes toujours.
Partout le ciel jetait
De l'eau qui dévastait
Les malheureuses vignes, –
Autant que si des cygnes,
Entr'ouvrant leur gosier,
Eussent crié : « Misère ! »
Et qu'après leur prière
Ils eussent pu plonger.
Malgré tout nous allions
À travers les vallons,
Où donc ? – au bout du monde !
Pensée vide et profonde, –
Mais bien vraie pour ce lieu
Où la mousse verdâtre
Croît au rocher noirâtre,
Bel ouvrage de Dieu.
Nous sommes sans soleil,
Tout est mort, – sans réveil, –
Excepté la cascade
Qui roule avec saccade
Sa voix et son ruisseau.
Oh ! quel ciel la recouvre !
À chaque instant il s'ouvre
Et vient tacher son eau.
Si ce sauvage lieu
Avait de cet air bleu
Qui baigne notre vue,
Qui tient notre âme émue
Par sa douce clarté ;
Si l'eau était dorée,
Limpide ou argentée,
Ce serait volupté,
Volupté d'être là
Sans rien voir au-delà
D'un ciel et d'un murmure, –
Puis rosée et verdure
Au lever du matin.
Quel frais pour la pensée,
Si notre âme est fanée,
De croire à une fin !
Oh ! mais il a son jour
De beauté et d'amour,
Cet endroit solitaire
Où l'on oublie la terre,
Ce qu'elle a de joyeux ;
Dieu lui crée son étoile,
Et la Lune son voile
Et le Jour ses beaux feux.
L'oiseau vient y chanter,
Puis boire et s'y mirer
Dans des moments de fête ; –
Et de l'herbe y est faite
Pour asseoir les amours.
Là, une femme aimée
Tendrement regardée,
Double ce mot : – Toujours ! –
Mais le vent vient frémir,
Et d'un froid noir rougir
Nos mains, notre visage,
Amie, vite au village
Chauffer tes petits pieds.
Retournons à la route
De ce monde où l'on doute,
Car nous sommes gelés.