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A Monsieur de Montmorency

Théophile de Viau · 1619 · Baroque · 17e siècle
Ode
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Lorsqu’on veut que les Muses flattent Un homme qu’on estime à faux, Et qu’il faut cacher cent défauts, Afin que deux vertus éclatent, Nos esprits d’un pinceau divers, Par l’artifice de nos vers Font le visage à toutes choses, Et dans le fard de leurs couleurs, Font passer des mauvaises fleurs Sous le teint des lis et des roses. Ce vagabond, de qui le bruit Fut si chéri des destinées, Et si grand que trois mille années Ne l’ont point encore détruit, Avecque de si bonnes marques N’eût foulé la rigueur des Parques, Ni peuplé le pays Latin, Si depuis qu’on brûla sa ville Auguste n’eût prié Virgile De lui faire un si beau destin. Tout de même au siècle où nous sommes, Les richesses ont acheté De notre avare lâcheté La façon de louer les hommes ; Mais je ne te conseille pas De présenter aucun appas À tant de plumes hypocrites, D’autant que la postérité Verra mieux dans la vérité La mémoire de tes mérites. Laisse là ces esprits menteurs, Sauve ton nom de leurs ouvrages, Les compliments sont des outrages Dedans la bouche des flatteurs. Moi, qui n’ai jamais eu de blâme De farder mes vers ni mon âme, Je trouverai mille témoins Que tous les censeurs me reçoivent, Et que les plus entiers me doivent La gloire de mentir le moins. Cette grâce si peu vulgaire Me donne de la vanité, Et fait que sans témérité Je prendrai le soin de te plaire ; Les Dieux aidant à mon dessein Me verseront dedans le sein Une fureur mieux animée ; Ils m’apprendront des traits nouveaux, Et plus durables et plus beaux, En faveur de ta renommée. Mais aussitôt que mon désir, Qui ne respire que la gloire De travailler à ta mémoire, Jouira d’un si doux loisir, Mon astre qui ne sait reluire Que pour me troubler et me nuire, Cachera son mauvais aspect, Et son influence inhumaine N’a pas eu pour moi tant de haine Qu’elle aura pour toi de respect. Mes affections exaucées En l’ardeur d’un si beau projet Recouvreront pour ton sujet La liberté de mes pensées ; Mes ennuis seront écartés, Et mon âme aura des clartés Si propices à tes louanges, Que le Ciel s’il n’en est jaloux, Ayant trouvé mes vers si doux, Il les fera redire aux Anges. Je sens une chaleur d’esprit Qui vient persuader ma plume De tracer le plus grand volume Que Français ait jamais écrit ; Tout plein de zèle et de courage, Je m’embarque à ce grand ouvrage, Je sais l’Antarctique et le Nord, J’entends la Carte et les Étoiles Et ne fais point enfler mes voiles Avant qu’être assuré du port. Par les rochers et dans l’orage, De l’onde où je me suis commis, Je prépare à mes ennemis L’espérance de mon naufrage ; Mais que les Astres irrités De toutes leurs adversités Persécutent mon entreprise, Je ne connais point de malheur Qu’au seul renom de ta valeur Je ne vainque, ou je ne méprise.

Notes

Recueil: Œuvres (1621). Première publication dans "Le Cabinet des Muses, ou nouveau recueil des plus beaux vers de ce temps" en 1619.

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