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Dans ce temple, où ma passion...

Théophile de Viau · None · Baroque · 17e siècle
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Dans ce temple, où ma passion Me mit dedans le cœur les beautés de Madame, Je bénissais l’Amour encore que sa flamme Détournât ma dévotion. Au lieu de penser à nos Dieux, J’adorais vous voyant l’image de Diane, Et m’estimais heureux de devenir profane, En me consacrant à vos yeux. Ce fut avec de mêmes traits Que la mère d’Amour perça le cœur d’Anchise : Suis-je pas glorieux de donner ma franchise À la merci de ses attraits? À ce premier ravissement Mon âme triompha de se sentir blessée, Et l’Autel m’eût déplu d’ôter à ma pensée L’entretien d’un si doux tourment. Me dût le Ciel faire périr, Je mesure ma peine avecque mes années, Et l’Amour se fait fort d’ôter aux Destinées La puissance de me guérir. Au point que cette ardeur m’a mis, Mon superbe bonheur se moque de l’envie, Et quelque mal qui vienne à menacer ma vie Je me ris de mes ennemis. Tout ce monde de poursuivants Me fait persévérer avecque plus de joie, Ce renommé Jason n’eût jamais eu sa proie, S’il eût craint la mer ni le vent. Sous l’auspice de votre loi Il n’est point de grandeur que mon esprit ne brave ; Et le même accident qui me fait être esclave, Il me semble qu’il m’a fait Roi.

Notes

Lien de l'édition de 1628 : https://archive.org/details/lesoevvre00viau/page/208/mode/2up

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