«
Bacchus.
Avant que je parusse au jour,
Encore le petit Amour
N’avait pas le secret de bien charmer les âmes ;
Les hommes ni les Dieux n’aimaient que mollement,
Et n’ont jamais appris que par moi seulement
Le vrai mystère de ses flammes.
Ceux dont j’anime les esprits
Ont moins d’amour que de mépris
Pour toutes les grandeurs dont la fortune éclate.
Rien comme une beauté ne touche leur désir,
Et vos seules faveurs sont l’unique plaisir
Dont leur espérance se flatte.
Je suis père de la valeur,
Et, pour grand que soit un malheur
Que le destin propose aux plus cruelles guerres,
Ceux qui m’ont consulté sont exempts de la peur,
Et si pour toute force ils n’ont qu’une vapeur
Et ne sont armez que de verres.
Le pauvre le plus abattu,
Avec l’appui de ma vertu,
Sur le front des ennuis fait éclater la joie.
Pour lui tous les graviers sont pleins de diamants,
Et dans le fil terni de ses vieux vêtements
Il ne trouve qu’or et que soie.
Je suis le seul Dieu sans pareil
Qui fis voir aux yeux du soleil
La nature impuissante à produire mon être.
Un si hardi dessein surmonta ses efforts,
Et le maître des Dieux lui-même ouvrit son corps
Pour me faire achever de naître.
Semeelle, en cet enfantement,
Endura sans étonnement
Que tout le feu du ciel descendit sur la terre,
Et ses mânes contents se vantent aujourd’hui
Qu’au moins de son amour elle brûla celui
Qui la fit brûler du tonnerre.