«
Je jure le jour qui me luit,
Et la froide horreur de la nuit
Où la tristesse me convie,
Que le temps de mon amitié
Doit plus durer de la moitié
Que ne fait celui de ma vie.
Après que mon suprême jour
M’aura porté dans le séjour
Des âmes mieux favorisées,
Mon âme versera des pleurs,
Qui feront naître mille fleurs
Dans les campagnes Elysées.
Ce doux et ce poignant souci,
Le même qui me touche ici
Revivra dans mon âme morte,
Et les esprits qui me verront,
Approchant mon feu jureront,
Qu’ils n’en ont point vu de la sorte.
Après moi d’un appas flatteur,
Quelque infidèle serviteur
Surprendra tes désirs novices,
Et tu n’as point assez de foi,
Pour permettre que mes services
Te fassent souvenir de moi.
Je te conjure par tes yeux,
Que j’aime et que j’honore mieux
Ni que le Ciel, ni que la terre,
Tôt ou tard de t’en repentir,
Car le ciel te ferait sentir
Quelque pointe de son tonnerre.
Notes
Note: Certains sites de poésie donnent le titre (incipit): "Je jure le jour et la nuit"...
Au vers 19, l'édition de 1856 donne "amour" au lieu de "appas".
Lien de l'édition de 1628 : https://archive.org/details/lesoevvre00viau/page/202/mode/2up