«
Celle pour qui je veux mourir
Me fait un mal si favorable
Que, si l’on me venait guérir,
On me rendrait bien misérable.
Un roi pour des tourments si doux
Quitterait toutes ses délices,
Et, me voyant serait jaloux
De mes fers et de mes supplices.
Aussi, pour mieux favoriser
Le divin secret de ma flamme,
Mon front s’est voulu déguiser,
De peur de découvrir mon âme.
C’est ainsi que le roi des Dieux,
Piqué de quelque beau visage,
Prenait, en dévalant des cieux,
Toujours un masque à son usage;
Et, déguisant sa majesté,
Pour complaire à sa frénésie,
Il avait pour chaque beauté
Une forme à sa fantaisie.
Pour moi, si mes vœux avaient lieu,
On verrait ma figure humaine
Bientôt se changer en un dieu,
Non pas pour souffrir moins de peine,
Mais plutôt pour savoir ainsi
Conserver le mal qui me presse,
Et pour être plus digne aussi
De l’amitié d’une Déesse.
Plût au ciel qu’un jour seulement
Jupiter m’eût donné sa face,
Et qu’il voulût pour un moment
Me laisser régner en sa place!
J’ordonnerais que les autels
Que par tout l’univers on dresse
Pour les Dieux ou pour les mortels
Ne seraient que pour ma maîtresse.
Le Temps, serf de ses volontés,
Comme moi lui rendant hommage,
Laisserait vivre ses beautés
Sans leur faire jamais d’outrage.
Je commanderais aux zéphyrs
De produire une fleur nouvelle,
Toute de flamme et de soupirs,
Où je serais peint avec elle.
Quelque si cher contentement
Dont Jupiter nous fasse envie,
La terre serait l’élément
Où nous voudrions passer la vie.
Paris serait notre séjour,
Et, dans cette joie infinie,
Rien que moi, la paix et l’amour,
Ne serait en sa compagnie.