← Retour aux poèmes

Perside, je me sens heureux

Théophile de Viau · None · Baroque · 17e siècle
Ode
«
Perside, je me sens heureux De ma nouvelle servitude ; Vous n'avez point d'ingratitude Qui rebute un cœur amoureux. Il est bien vrai que je me fâche Du fard où votre teint se cache ; Nature a mis tout son crédit À vous faire entièrement belle ; L'art qui pense mieux faire qu'elle Me déplait et vous enlaidit. L'éclat, la force et la peinture De tant et de si belles fleurs, Que l'aurore avecque ses pleurs Tire du sein de la nature, Sans fard et sans déguisement Nous donne bien plus aisément Le plaisir d'une odeur naïve ; Leur objet nous contente mieux Et se montre devant nos yeux Avec une couleur plus vive. Les oiseaux, qui sont si bien teints, Ne couvrent point d'une autre image Le lustre d'un si beau plumage Dont la nature les a peints, Et leur céleste mélodie, Plus aimable qu'en Arcadie N'étaient les flageolets des Dieux, Prend elle-même ses mesures, Choisit les tons, fait les césures, Mieux que l'art le plus curieux. L'eau de sa naturelle source Trouve assez de canaux ouverts Pour traîner par des plis divers La facilité de sa course ; Ses rivages sont verdissants, Où des arbrisseaux fleurissants Ont toujours la racine fraîche ; L'herbe y croît jusqu'à leur gravier, Mais une herbe que le bouvier N'apporta jamais à sa crèche. Ces petits cailloux bigarrés En des diversités si belles, Où trouveraient-ils des modèles, Qui les fissent mieux figurés ? La nature est inimitable, Et dans sa beauté véritable Elle éclate si vivement Que l'art gâte tous ses ouvrages Et lui fait plutôt mille outrages Qu'il ne lui donne un ornement. L'art, ennemi de la franchise, Ne veut point être reconnu ; Mais l'Amour, qui ne va que nu, Ne souffre point qu'on se déguise. Les Nymphes au sortir des eaux, D'un peu de jonc et de roseaux Se font la coiffure et la robe, Et les yeux du Satyre ont droit De regretter encor l'endroit Que le vêtement leur dérobe. Si vous saviez que peut l'effort De votre beauté naturelle Et combien de vainqueurs pour elle Implorent l'aide de la mort, Vous casseriez ces pots de terre, De bois, de coquille, de verre, Où vous renfermez vos onguents ; La nuit vous quitteriez le masque, Et perdriez cette humeur fantasque De dormir avecque vos gants. Lorsque vous serez hors d'usage Et que l'injure de vos ans Appellera les courtisans À l'amour d'un plus beau visage, Quand vos appas seront ôtés, Que les rides de tous côtés Auront coupé ce front d'albâtre, Tâchez lors d'escroquer l'amour, Et si vous pouvez, chaque jour Faites-vous de cire ou de plâtre. Si le Ciel me fait vivre assez Pour voir la fin de votre gloire Et me punir de la mémoire De nos contentements passés, Je crois que je serai bien aise, Ne trouvant plus rien qui me plaise Au visage que vous aurez, De revoir l'Amour et les Grâces Et d'en aller baiser les traces Sur le fard dont vous userez. Mais aujourd'hui, belle Perside, Vos jeunes yeux seront témoins Qu'il faut un siècle pour le moins Pour vous amener une ride. L'Aurore, qui dedans mes vers Voit apprendre à tout l'univers Que votre beauté la surmonte, Arrachant de ses beaux habits Et les perles et les rubis, Elle pleure et rougit de honte. Elle n'est point rouge au matin, D'autant que Tithon l'a baisée, Et ne verse point sa rosée Pour la marjolaine et le thym. La rougeur qui paraît en elle, C'est de voir Perside si belle, Et l'humidité de ses pleurs, Quoi que chante la poésie, Ce sont des pleurs de jalousie Et des marques de ses douleurs.
← Précédent Enfin mon amitié se lasse Suivant → Cloris, pour ce petit moment

Autres poèmes de Théophile de Viau

A Cloris - Ode None A Cloris - Stances None A Mademoiselle de Rohan None A Monsieur de L… sur la mort de son père None A Monsieur de Montmorency 1619 A Monsieur de Pezé None A Monsieur du Fargis None A Monsieur le Marquis de Boquingant 1621 A Philis None A elle-même None A feu monsieur de Lozières None A monseigneur le duc de Luynes None Apollon champion None Au Roi sur son retour du Languedoc None Au moins ai-je songé que je vous ai baisée None Au prince d'Orange 1621 Au roi None Au roi, sur son exil None Au roi, étrenne None Aussi souvent qu’Amour fait penser à mon âme... None Ballet - Vénus aux reines None Ce quatrain est fort magnifique... None Cette femme a fait comme Troie... None Chère Isis, tes beautés ont troublé la nature None Chère Philis, j'ai bien peur que tu meures... None Cloris, lorsque je songe, en te voyant si belle None Cloris, pour ce petit moment None Consolation None Contre l'hiver 1619 Courtisans, qui passez vos jours... None Cruelle, à quel propos prolonges-tu ma peine None Dans ce climat barbare où le destin me range None Dans ce temple, où ma passion... None Depuis ce triste jour qu’un adieu malheureux None Depuis qu'on m'a donné licence d'espérer... None Dis-moi, Tircis, sans vanité... None Désespoirs amoureux None D’un sommeil plus tranquille à mes amours rêvant None Elégie à M de C. None Elégie à M. de M... None Elégie à une dame None Enfin guéri d’une amitié funeste... None Enfin mon amitié se lasse None Esprits qui connaissez le cours de la nature... None Grâce à ce comte libéral... None Heureux tandis qu’il est vivant 1621 J'ai trop d'honneur d'être amoureux None Je doute que ce fils prospère... None Je jure le jour qui me luit None Je n'ai repos ni nuit ni jour... None Je passe mon exil parmi de tristes lieux... None Je pensais au repos, et le céleste feu... None Je songeais que Philis des enfers revenue None J’ai fait ce que j’ai pu pour m’arracher de l’âme None La frayeur de la mort ébranle le plus ferme None La maison de Sylvie 1623 La solitude 1620 Le déguisé None Le matin 1619 Le plus aimable jour qu'ait jamais eu le monde None Les nautoniers None Les parques ont le teint plus gai que mon visage None Les princes de Chypre None Lettre de Théophile à son frère 1624 L’autre jour inspiré d’une divine flamme None L’infidélité me déplaît None Maintenant que Cloris a juré de me plaire None Maintenant que Philis est morte None Me dois-je taire encore, Amour... None Ministre du repos, sommeil père des songes None Mon espérance refleurit None Mon frère, je me porte bien None Mon frère, je me porte bien... None Mon âme est triste et ma face abattue... None Ne me fais point aimer avecque tant de peine None On n’avait point posé les fondements de Rome None Phylis, tout est foutu, je meurs de la vérole 1622 Pour Mademoiselle D.M. None Pour mgr le duc de Luynes None Pour une amante captive None Pour une amante irritée None Proche de la saison où les plus vives fleurs None Quand j’aurai ce contentement... None Quand tu me vois baiser tes bras None Que mon espoir est faible et ma raison confuse! None Quelque si doux espoir où ma raison s'appuie... None Qui que tu sois, bien grand et bien heureux... None Qui voudra pense à des empires... None Sacrés murs du Soleil où j’adorai Phyllis None Satire première None Seconde satire None Si j’étais dans un bois poursuivi d’un lion... None Si quelquefois Amour permet que je respire None Souverain qui régis l’influence des vers None Sur la paix de l'année 1620 None Sur le ballet du Roi None Sur un ballet du roi None Sur une tempête None Thisbé pour le portrait de Pyrame None Ton orgueil peut durer au plus... None Un berger prophète None Un corbeau devant moi croasse None Un fier démon qui me menace None Vers pour le ballet des Bacchanales None Vos rigueurs me pressaient d'une douleur si forte... None Vous commettez un grand abus... None Vous dont l’ame divine aspire aux choses saintes... None