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A monseigneur le duc de Luynes

Théophile de Viau · None · Baroque · Nonee siècle
Ode
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Écrivains toujours empêchés Après des matières indignes, Coupables d’autant de péchés Que vous avez noirci de lignes, Je m’en vais vous apprendre ici Quel dût être votre souci, Et dessus les justes ruines De vos ouvrages criminels, Avecque des vers éternels Peindre l’image de Luynes. Je confesse qu’en me taisant D’une si glorieuse vie, Je m’étais rendu complaisant Aux injustices de l’envie, Et méritais bien que le roi, Ensuite du premier effroi Dont me fit pâlir sa menace, M’eût fait sentir les cruautés Qu’on ordonne aux déloyautés Qui n’ont point mérité de grâce. À qui plus justement qu’à lui, Se doivent nos saintes louanges ? Quel des humains voit aujourd’hui Sa vertu si proche des anges ? Ceux que le ciel, d’un juste choix, Fait entrer dans l’âme des rois, Ils ne sont plus ce que nous sommes, Et semblent tenir un milieu Entre la qualité de Dieu Et la condition des hommes. Un chacun les doit estimer Ainsi qu’un ange tutélaire. La vertu, c’est de les aimer ; L’innocence est de leur complaire ; Les mouvements de la bonté, C’est proprement leur volonté. Les suivre, c’est fuir le vice ; Bien vivre, c’est les imiter ; Et ce qu’on nomme mériter, C’est de mourir pour leur service. Grand Duc, que toutes les vertus Recommandent à notre estime, Et que les vices abattus Tiennent pour vainqueur légitime, Bénis soient par tout l’univers Les doctes et les sages vers Où ta gloire sera semée, Et jamais ne soient innocents Ceux qui refuseront l’encens Aux autels de ta renommée ! Un nombre d’esprits furieux De ta prospérité s’irrite, Et fait des querelles aux cieux Pour avoir payé ton mérite. Apaisez-vous, faibles mutins : En dépit de vous les destins Lui seront à jamais propices ; Puisque mon prince en prend le soin, Sachez que sa fortune est loin Du naufrage et des précipices. Si son nom était sans appas, Si sa valeur était sans marques, Et que sa vertu ne fût pas Nécessaire auprès des monarques, On pourrait avec moins de tort Blâmer son favorable sort ; Mais toutes nos ingratitudes S’accorderont à confesser Que sa prudence a fait cesser La honte de nos servitudes. Quand le ciel parmi nos dangers Avait horreur de nos prières, Que les yeux des plus étrangers Donnaient des pleurs à nos misères, Quand nos maux allaient jusqu’au bout, Que l’État, branlant de partout, Était prêt à changer de maître, Il fit mourir notre douleur Et perdre espérance au malheur De la faire jamais renaître. Ce grand jour, où tant de plaisirs Succédèrent à tant de peines, Qui fit changer tant de désirs Et qui rapaisa tant de haines : Tous nos cœurs sans fard et sans fiel, Enclinant où l’amour du ciel Poussait vos volontés unies, Ravis de ce commun bonheur, Firent des vœux à son honneur Pour nos calamités finies. Ceux qui mieux ont senti l’effet D’une si louable victoire, Honteux du bien qu’il leur a fait, Ont du mal à souffrir sa gloire : Ils arrachent à leurs esprits Le ressentiment du mépris, Dont la grandeur était foulée, Quand leur faiblesse avec raison Souhaitait l’heureuse saison Que ce grand duc a rappelée. Le remords vous doit bien punir, Votre âme est bien peu libérale, De lui nier le souvenir D’une grâce si générale. Que vos fureurs changent d’objet ; Aussi bien, cherchant le sujet De la haine qui vous anime, Vous ne trouverez point de quoi, Sinon que la faveur du roi Tienne lieu de honte et de crime. Ceux qui veillent à rechercher Quelque juste sujet de blâme Ne peuvent point lui reprocher Un défaut du corps ni de l’âme : Pour moi, lorsque je pense à lui, Cette envie qui pousse autrui, De mes sens bien loin se retire, Tous mes vers vont au compliment, Et ne saurais trouver comment Il se fait prendre à la satire. S’il est coupable, c’est d’avoir Trop de justice et de vaillance ; D’aimer son prince, et recevoir Les effets de sa bienveillance. Grand duc, laisse courir le bruit Et goûte doucement le fruit Que la bonne fortune apporte. Tous ceux qui sont tes ennemis, Voudraient bien qu’il leur fût permis D’être criminels de la sorte. Jamais à leurs funestes vœux Un Dieu propice ne réponde ! Jamais sinon ce que tu veux Ne puisse réussir au monde ! Que toujours de meilleurs succès Te donnent de nouveaux accès À des félicités plus grandes, Et qu’enfin les plus enragés, À ta dévotion rangés, Te viennent payer d’offrandes !

Notes

Note: Je présente ici la ponctuation de l'édition de 1856. https://archive.org/details/oeuvrescomplt01viau/page/156/mode/2up

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