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Cher objet des yeux et des cœurs,
Grand roi, dont les exploits vainqueurs
N’ont rien que de doux et d’auguste,
Usez moins de votre amitié :
Vous perdrez ce titre de Juste
Si vous usez trop de pitié.
Quand un roi, par tant de projets,
Voit dans l’âme de ses sujets
Son autorité dissipée,
Quoique raisonne le conseil,
Je pense que les coups d’épée
Sont un salutaire appareil.
L’honneur d’un juste potentat
Est de faire qu’en son état
La paix ait des racines fermes.
Par-là se doit-il maintenir
Et demeurer toujours aux termes
De pardonner et de punir.
Contre ces esprits insensés,
Qui se tiennent intéressés
En la calamité publique,
Selon la loi que nous tenons,
Il ne faut point qu’un roi s’explique
Que par la bouche des canons.
Les forts bravent les impuissants,
Les vaincus sont obéissants,
La justice étouffe la rage :
Il les faut rompre sous le faix.
Le tonnerre finit l’orage,
Et la guerre apporte la paix.
Henry, détourne ici tes yeux,
Et, regardant ces tristes lieux
Consacrez à ta sépulture,
Considère comme ton cœur
Se lâche, et contre sa nature
Reçoit un ennemi vainqueur.
Toutefois, grand astre des rois,
Celle qui te prit autrefois
Encore impunément te brave ;
Ton cœur ne lui résiste pas,
Et demeure toujours esclave
De ses victorieux appas.
Grande reine, en faveur des lys
Avec lui presque ensevelis,
N’offensez point ses funérailles ;
Pour l’avoir, à quoi le dessein
De venir rompre des murailles
Si vous l’avez dans votre sein ?
Merveilleux changement du sort !
Ce grand roi, que devant sa mort
Vous gagniez avecque des larmes,
Est-il si puissant aujourd’hui
Qu’il vous faille employer des armes
Pour avoir empire sur lui ?
Quoique ce grand cœur généreux,
Forcé d’un respect amoureux,
Ait fléchi devant votre face,
Il n’est point si fort abattu,
Que son fils n’y trouve une place
Où faire luire sa vertu.
Nous croyons que ces révoltés,
À notre abord épouvantés,
Se défendront mal à la brèche ;
Et qui fera comparaison
De vingt canons contre une flèche,
Dira que nous avons raison.