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A Monsieur le Marquis de Boquingant

Théophile de Viau · 1621 · Baroque · 17e siècle
Ode
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Vous pour qui les rayons du jour Sont amoureux de cet Empire, Que Mars redoute, et que l’Amour Ne saurait voir qu’il ne soupire, C’est bien avecque du sujet Qu’un grand Roi vous a fait l’objet D’une affection infinie, Et que toutes les nations Ont permis que votre génie Forçât leurs inclinations. Les faveurs que vous méritez Ont obligé même l’envie, D’accroître vos prospérités, En disant bien de votre vie : Lorsqu’elle veut parler de vous, Sans artifice, et sans courroux, Elle se produit toute nue, Et ses vains désirs abattus, Fait gloire d’être reconnue Pour triomphe de vos vertus. Personne n’est fâché du bien Dont votre sort heureux abonde, D’autant qu’il ne vous sert de rien Qu’à faire du plaisir au monde : Ainsi le céleste flambeau, Qui fut l’ornement le plus beau Qu’enfanta la masse première, N’a jamais eu des envieux, Car il n’use de sa lumière Que pour en éclairer nos yeux. Chaque saison donne ses fruits, L’Automne nous donne ses pommes, L’Hiver donne ses longues nuits Pour un plus grand repos des hommes : Le Printemps nous donne des fleurs, Il donne l’âme, et les couleurs À la feuille qui semble morte : Il donne la vie aux forêts, Et l’autre saison nous apporte Ce qui fait jaunir nos guérets. La terre pour donner ses biens Se laisse fouiller jusqu’au centre, Et pour nous les champs Indiens Se tirent les trésors du ventre. L’onde enrichit de cent façons Nos vaisseaux et nos hameçons, Et cet élément si barbare, Pour se faire voir libéral, Arrache de son sein avare L’Ambre, la Perle, et le Coral. Ce qu’on dit de ce grand trésor Découlant de la voix d’Alcide, C’étaient vraiment des chaînes d’or Qui tenaient les esprits en bride : Connaissant ces divins appas, Alexandre donnait-il pas Tout son grain de paix et de guerre ? Ce Prince avec tout son bonheur, S’il n’eût donné toute la terre, Ne s’en fût jamais fait Seigneur. Les Zéphyrs se donnent aux flots, Les flots se donnent à la Lune, Les Navires aux Matelots, Les Matelots à la fortune. Tout ce que l’Univers conçoit Nous apporte ce qu’il reçoit Pour rendre notre vie aisée ; L’abeille ne prend point du Ciel Les doux présents de la rosée, Que pour nous en donner le miel. Les rochers, qui sont le tableau Des stérilités de nature, Afin de nous donner de l’eau, Fendent-ils pas leur masse dure ? Et les champs les plus impuissants Nous donnent l’ivoire et l’encens, Les déserts les plus inutiles Donnent de grands titres aux Rois, Et les arbres les moins fertiles Nous donnent de l’ombre et du bois. Maquis, tout donne comme vous, Vous donnez comme celui même Dont les animaux sentent tous La libéralité suprême. Dieu nous donne par son amour Avecque les présents du jour, Les traits mêmes de son visage ; Ce monde ouvrage de ses mains N’est point bâti pour son usage, Car il l’a fait pour les humains. Que le Ciel reçoit de plaisir Alors qu’il voit sa créature Vivre dans un si beau désir Et si conforme à sa nature ! Je voudrais bien vous imiter, Mais ne pouvant vous présenter Ce que la fortune me cache, Puisque tout donne en l’Univers, Je veux que tout le monde sache Que je vous ai donné mes vers.

Notes

Recueil: Œuvres (1621). Note: Boquingant est la version francisée de Buckingham.

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