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Cloris, pour ce petit moment

Théophile de Viau · None · Baroque · 17e siècle
Ode
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Cloris, pour ce petit moment D’une volupté frénétique, Crois-tu que mon esprit se pique De t’aimer éternellement? Lorsque mes ardeurs sont passées, La raison change mes pensées, Et perdant l’amoureuse erreur, Je me trouve dans des tristesses Qui font que tes délicatesses Commencent à me faire horreur. À voir tant fuir ta beauté, Je me lasse de la poursuivre, Et me suis résolu de vivre Avec un peu de liberté. Il ne me faut qu’une disgrâce, Qu’encore un trait de cette audace Qui t’a fait tant manquer de foi. Après, tiens-moi pour un infâme Si jamais mes yeux ni mon âme Songent à s’approcher de toi. Je me trouve prêt à te voir Avec beaucoup d’indifférence, Et te faire une révérence Moins d’amitié que de devoir. Toutes les complaisances feintes Où tes affections mal peintes Ont trompé mes sens hébétés, Je les tiens pour faibles feintises Et n’appelle plus que sottises Ce que je nommais cruautés. Je ne veux point te décrier Après t’avoir loué moi-même : Ce serait tacher du blasphème L’autel où l’on m’a vu prier. T’ayant prodigué des louanges Que je ne devais qu’à des anges, Je ne te les veux point ravir : Je les donne à ta tyrannie Pour déguiser l’ignominie Que j’ai soufferte à te servir. Je ne veux point mal à propos Mes vers ni ton honneur détruire ; Mon dessein n’est pas de te nuire : Je ne songe qu’à mon repos. Encore auras-tu cette gloire Que si la voix de ta mémoire Parle à quelqu’un de mes douleurs, On dira que ma servitude Respecta ton ingratitude Jusqu’au dernier de mes malheurs. J’ai souffert autant que j’ai pu ; Je n’ai plus de nerfs pour tes gênes, Ni goutte de sang dans mes veines Qui ne brûle à petit feu. Je me sens honteux de mes larmes ; Amour n’a déjà plus de charmes. Je suis pressé de toutes parts, Et bientôt, quoi que tu travailles, Je m’arracherai des entrailles Tout le venin de tes regards. Sachant bien que je meurs d’amour, Que je brûle d’impatience, As-tu si peu de conscience Que de m’abandonner un jour ! Après ton ingrate paresse, Si tu n’as que cette caresse, Fatale à ma crédulité, Puisses-tu périr d’un tonnerre, Ou que le centre de la terre Cache ton infidélité! Non, je ne saurais plus souffrir Cette liberté de vie : Tout me blâme, et tout me convie De me plaindre et de me guérir. Aussi bien ta beauté se passe, Mon amitié change de face ; L’ardeur de mes premiers plaisirs Perd beaucoup de sa violence : Ma raison et ta nonchalance Ont presque amorti mes désirs. Je sais bien que la vanité Qui te fait plaire en mes supplices Chercher encore dans tes malices De quoi trahir ma liberté ; Encore tes regards perfides Préparent à mes sens timides L’effort de leur éclat pipeur, Et malgré le plus noir outrage, S’imaginent que mon courage Devant eux n’est rien que vapeur. Mais je fais le plus grand serment Que peut faire une âme bouillante De la fureur la plus sanglante Qui peut tourmenter un amant : Je jure l’aire, la terre et l’onde, Je jure tous les dieux du monde, Que ni force ni trahison, Ni m’outrager ni me complaire, N’empêcheront point ma colère De me donner ma guérison. Mon tourment ne t’émeut en rien ; Ta fierté rit de ma mollesse : Je ne crois point qu’une Déesse Eût un orgueil comme le tien. C’en est fait, je sens que mon âme Soupire sa dernière flamme ; Tous ces regards sont superflus : Je ne vois rien, rien ne me touche, Je suis sans oreille et sans bouche. Laisse-moi, ne me parle plus.
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