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Enfin guéri d’une amitié funeste...

Théophile de Viau · None · Baroque · 17e siècle
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Enfin guéri d’une amitié funeste, À mon esprit désormais il ne reste Qu’un sentiment de juste déplaisir D’avoir langui d’un si mauvais désir ; Bien malheureux d’avoir dans la pensée Le souvenir de ma fureur passée, Qui fut honteuse, et dont je me repens. Dorénavant plus sage, à mes dépens, Que si jamais mon jugement s’oublie Jusqu’à rentrer en semblable folie, Dieux qui vengez les crimes des humains, Punissez-moi si vous avez des mains ; Si vous avez pouvoir sur la tempête, Ne la poussez ailleurs que sur ma tête. Et vous, beaux yeux, plus aimés que le jour, Qui remplissez tous mes esprits d’amour, Pour pénitence octroyez-moi, de grâce, Mourant pour vous, que mon péché s’efface ; Que je reprenne en vos divins appas D’un lâche crime un glorieux trépas ; Et quand mon âme, en vos liens captive, Pour mieux souffrir obtiendra que je vive, Que le regret d’avoir été si sot, Et sans le bien de vous servir plutôt, Chaque moment reproche à mon courage Le déshonneur de mon premier servage. Faites-le donc, beaux yeux, je le consens ; Mais je demande un mal que je ressens : Je suis déjà, dans ce supplice même, Prêt de mourir depuis que je vous aime. Le souvenir d’avoir porté des fers Si malheureux me tient dans les enfers. À chaque fois que ce bel œil m’envoie Ses doux regards pleins d’honneur et de joie, Où Vénus rit, où ses petits Amours Passent le temps à se baiser toujours, Les vains soupirs d’une contrainte flamme Me font ainsi discourir en mon âme : Pauvre abusé, que j’eus mauvais conseil ! Que j’ai bien pris la nuit pour le soleil ! Que mon esprit fut autrefois facile, Et que l’erreur me trouva bien docile ! Que je fus lourd ! que je fus insensé! Mon jugement en est tout offensé. Les faux attraits à qui je fis hommage Qu’ont-ils d’égal à ce divin visage? Ce n’est qu’horreur au prix de ta beauté, À qui je viens donner ma liberté. Dieux ! que l’Amour était bien en colère De m’obliger au souci de lui plaire ! Que mes destins sont bien mes ennemis ! Qui m’ont trahi de me l’avoir permis ! Vous qui m’ôtez cette mauvaise envie, Qui bannissez la honte de ma vie, Chère Amarante, à qui je dois le bien D’avoir rompu cet infâme lien, Gardez qu’Amour ne me soit plus contraire, Que mon destin ne soit mon adversaire ; Dites aux Dieux, vous qui les gouvernez, Et leur esprit en vos yeux retenez, Que, si mon âme est encore capable D’un autre Amour si lâche et si coupable, Ils n’auront point de tonnerre si fort, Qui ne me donne une trop douce mort. Mais où l’Amour trouverait-il des armes? Quelle beauté lui fournira des charmes Pour dégager encore mes esprits Des beaux liens où je demeure pris? Autre que vous n’a rien que je désire ; Vous êtes seule au monde que j’admire ; Je vous adore, et jure vos beaux yeux Qu’un paradis ne me plairait pas mieux. Que si mes vœux rendaient jamais possible Qu’à vos regards mon âme fût visible, Vous y verriez les plus beaux mouvements Qu’Amour jamais fit naître à des amants ; Vous y verriez la douce frénésie Dont vous avez ma volonté saisie ; Mille pensers à vos yeux inconnus D’un grand respect jusqu’ici retenus Vous y verriez un cœur sans artifice, Se présentant lui-même en sacrifice, Et qui se croit mourir assez heureux Si vous croyez qu’il fait bien l’amoureux. Il est trop vrai, ma peine est assez claire, Et c’est en vain que je la pense taire. Qui ne connait, à mes yeux languissants, À mes soupirs sans cesse renaissants, Qu’une fureur secrète me dévore, Que je n’ai su vous découvrir encore ? Bien que pressé de ne la plus celer, Auprès de vous je ne saurais parler. Ce que je vois reluire en ce visage Me fait faillir la voix et le courage ; Mais si je puis jamais me rassurer, Ou si je puis enfin moins soupirer, Je parlerai, je vous dirai ma peine, Qu’autre que moi jugerait inhumaine, Mais que je sens plus douce mille fois Que je ne crois la fortune des rois.

Notes

Note: Je présente ici la ponctuation de l'édition de 1856. Lien de l'édition de 1628: https://archive.org/details/lesoevvre00viau/page/242/mode/2up

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