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Seconde satire

Théophile de Viau · None · Baroque · 17e siècle
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Connais-tu ce fâcheux qui contre la fortune Aboie impudemment comme un chien à la lune, Et qui voudrait, ce semble, en détourner le cours Par l'importunité d'un outrageux discours ? D'une sotte malice en son âme il s'afflige Quand la faveur du roi ses favoris oblige. Un homme dont le nom est à peine connu, D'un pays étranger nouvellement venu, Que la fortune aveugle, en promenant sa roue, Tira sans y penser d'une ornière de boue, Malgré toute l'envie au-dessus du malheur, D'un crédit insolent gourmande la valeur. Et nous le permettons ! Et le Français endure Qu'à ses propres dépens cette grandeur lui dure ! Nos princes autrefois étaient bien plus hardis : Où se cache aujourd'hui la vertu de jadis ? Apprends, malicieux, comme tu sais mal vivre, Qu'une fortune est d'or et que l'autre est de cuivre ; Que le sort a des lois qu'on ne saurait forcer ; Que son compas est droit, qu'on ne le peut fausser. Nous venons tous du ciel pour posséder la terre, La faveur s'ouvre aux uns, aux autres se resserre : Une nécessité, que le ciel établit, Déshonore les uns, les autres anoblit ; Un ignoble souvent de riches biens hérite, L'autre dans l'hôpital est tout plein de mérite. Pour trouver le meilleur, il faudrait bien choisir ; Ne crois point que les Dieux soient si pleins de loisir. Encor si chaque infâme était marqué d'un signe Qui de toutes vertus le fît trouver indigne, Les rois qui sous les dieux disposent du bonheur, Enrichiraient toujours le mérite et l'honneur. Que si l'âme des dieux est la même justice, Qu’elle aime la vertu, qu’elle abhorre le vice, Les rois, qui sont leurs fils et lieutenants ici, Peuvent juger des bons et des mauvais aussi ; Et sans flatter mon roi, je trouve bien étrange Qu'un vulgaire ignorant et tiré de la fange Contre sa majesté se montre injurieux, Dessous ses actions portant l'œil curieux. Quant à moi, je répute une faveur bien mise Envers le plus chétif que le roi favorise ; Quoique toujours bien pauvre et toujours dédaigné, Sur mon esprit l'envie encor n'a rien gagné. Qu'un homme de trois jours de soie et d'or se couvre, Du bruit de sa carrosse importune le Louvre ; Qu'un étranger heureux se moque des François, Qu'il ait mille suivants, pourvu que je n'en sois, Je leur fais ce souhait en mon humeur hardie ; Je ne crains point faillir quoi que ma Muse die ; Ma liberté dit tout sans toutefois nommer, Par une vaine aigreur, ceux que je veux blâmer. Aussi n'attends jamais que je te fasse rire D'un vers que sans danger je ne saurais écrire. Ceux-là sont fols vraiment qui vendent un bon mot De cent coups de bâton que fait donner un sot, Esclaves imprudents de leur humeur mauvaise, Ne savent méditer un vers qu'il ne déplaise. Des pasquins contre aucun je ne compose ici, Et ne saurais souffrir des injures aussi. Le Dieu des vers m'inspire une modeste flamme, Qui n'est propre à donner ni recevoir du blâme ; Je hais la médisance, et ne puis consentir De gagner avec peine un triste repentir. Chacun qui voit mes vers, s'il a les yeux d'un homme, Connaîtra son portrait, combien qu'on ne le nomme. Qui ne lit ma satire, il n'en est pas tancé : Plusieurs s'en fâcheront à qui je n'ai pensé. Qui hait trop la laideur de son vilain visage, Il ne devrait jamais en regarder l'image ; Qui craint d'être repris, il n'a qu'à se cacher, Et dès là mon dessein n'est plus de le fâcher.

Notes

Note: Je présente ici la ponctuation de l'édition de 1856. On peut y lire également les ajouts faits pour l'édition du Parnasse satyrique, que je ne reporte pas ici. https://archive.org/details/oeuvrescomplt01viau/page/240/mode/2up

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