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A monseigneur l'évêque de Metz

Pierre de Marbeuf · 1628 · Baroque · 17e siècle
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Ma généreuse obéissance Ne connut jamais de pouvoir Qui put obliger mon devoir Aux effets de la complaisance: Je n’adoucis point mes portraits D’un vain pinceau de qui les traits Font une fable ou bien un songe, Parlant à la postérité, Je dis aussi mal le mensonge Que je dis bien la vérité. Si je veux tirer de la boue, Le nom obscur de quelque mort, Ma plume alors souffre un effort, Et ne veut point que je le loue: Mais quand mes vers ont ce bonheur D’avoir pour objet votre honneur, Ils parlent de tant de merveilles, Qu’il semble aux meilleurs jugements Que la créance des oreilles Est que je flatte, ou que je mens. Pour vous un Dieu met dans nos âmes Tant et tant de feux, qu’il nous faut Élever nos esprits en haut Selon le mouvement des flammes. O mon Prince que vos grandeurs Ne méprisent pas nos ardeurs Quand notre plume écrit pour elles, Parlez aux plus judicieux, Ils vous diront qu’elle a des ailes Qui vous feront voler aux cieux. Si vous avez désir de boire Du nectar que boit Jupiter, Je veux vous en faire goûter Dedans la coupe de la gloire: Celui des Dieux n’est point plus doux Que celui qu’on verse pour vous, Car l’on connait que nos remèdes Préservent le nom du trépas, Et nos sommes les Ganimedes Qui servons les Dieux ici-bas. Qu’un Ange ait toujours la main prête Pour détourner de vous le mal, Et que le feu de Cardinal Flambe bientôt sur votre tête: Jà la Crosse emplit votre main, Que la Croix l’emplisse demain; Ne souffrez pas qu’un grand domaine Vous enrichisse en ces quartiers, Il faut que la pourpre Romaine Vous mette au nombre des portiers. Ce Prince est fils du dieu des armes, Et frère du père des lois, L’éloquence anime sa voix, Et son visage a tant de charmes, Que je ne vous abuse pas Quand je jure sur tant d’appâts Qu’il est l’ornement de la France, Et qu’ayant la Mythre de Metz, Il peut bien avoir l’espérance Du bonheur que je lui promets. Son front porte l’heureux présage Que mes vœux auront leur effet, Puisqu’en lui c’est le moins parfait Que la beauté de son visage: Pour mettre un esprit en ce corps, Le Ciel a fait de tels efforts, Que pour en dire la louange, Celui-là n’a point enchéri Qui nous a fait croire qu’un Ange Est vêtu du corps de Henry. À ce nom ma voix qui s’éclate Avertit le peuple Romain, Qu’aujourd’hui plutôt que demain Henry mérite l’Écarlate. O nom de renom immortel, Pour vous mes vers font un autel, Dont les adorables exemples Feront juger à l’univers, Que Saturne engloutit les temples, Et qu’il ne touche point aux vers. Meurent ceux qui veulent revivre Par l’éloge de leurs tombeaux, Pour se défendre des corbeaux Ils s’arment de marbre et de cuivre: Ce Dieu qui dévore les morts, Afin de nourrir son grand corps Peut métaux et pierre dissoudre, Car sous les mêmes monuments Aujourd’hui Rome voit en poudre Et fondateurs et fondements. Le grand arrêt des destinées Renverse les plus beaux palais, Et les siècles n’ont vu jamais Les vers obéir aux années. O toi qui t’ébahis à tort Que les vers ont vaincu la mort, Il faut qu’avec moi tu remarques Que les neuf Muses plusieurs fois Ont aisément vaincu les Parques, Les Parques qui ne sont que trois. Le divin Homère et Virgile Ont-ils pas bravé leurs ciseaux? Leurs quenouilles et leurs fuseaux Ont-ils pu filer contre Achille? Dessous la faveur des lauriers Des grands héros, et des guerriers. La gloire des vers se conserve, Et je ne m'en étonne pas, Pourrait-on regarder Minerve Sans voir le nom de Phidias? Ce que j'écris je le répète, Un Dieu me l'avait déjà dit, Si sa parole est sans crédit Mes vers veulent qu’on les rejette: Bâtissez, dit-il, des autels, Avecque des vers immortels, À ce prince qui le mérite, Puisqu'en son nom l'éternité, Pour l'adopter seul, déshérite L'idole de la vanité. Démon des vers qui prends la peine De me visiter aujourd'hui, Je connais bien que c'est pour lui Que tu me réchauffes la veine; Tes conseils semblent m'avertir Que pour sa gloire il faut bâtir Un temple suivant ton modèle: C’est assez j’entends ta raison, Je prendrai pour lui la truelle, Puisqu'autrefois tu fus maçon. Phœbus tu reçus de l'outrage Du mépris de Laomédon, Laisse un parjure à l'abandon, Et viens aider à mon ouvrage: Ta main ayant déjà fondé L'autel que tu m'as commandé, Ma tâche doit être bornée; Lorsque l'on fait des bâtiments, C'est bien une grande journée Que d'en jeter les fondements.

Notes

Recueil: Recueil des vers de Monsieur de Marbeuf.

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