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La beauté du petit chien Morillon.

Pierre de Marbeuf · 1628 · Baroque · 17e siècle
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Pour tuer le temps, quelle étude Doit employer ma solitude, Car le retour des longues nuits Semble ramener mes ennuis: Je ne veux peindre ou contrefaire Une grotesque, une chimère, Une grenouille, un papillon, Mais je veux peindre Morillon: Morillon, digne qu’on appelle Le plus beau chien de damoiselle Que la France ait jamais porté, Tant il est rempli de beauté. Ce petit chien a cent merveilles, Le nez camus, longues oreilles, Noirs sont ses yeux, blanche est sa peau, Qui n’aimerait un chien si beau? Grasset de corps, grosset de tête, Telle est cette gentille bête, Que son maître en fait plus de cas Qu’il ne ferait de cent ducats: Pour sa maîtresse, elle lui porte Une amitié tellement forte, Que par trois jours elle a pleuré Morillon qui fut égaré: Pour consoler la pauvre fille On le clocheta par la ville, Et le clocheteur fit si bien Que l’argent retrouva le chien. Un poulain, le jour du Dimanche, Lui donna du pied sur la hanche, Dont il cloche si gentiment Que ce mal lui sert d’ornement. Ce petit chien, quand on le flatte, Vous tend si joliment la patte, Qu’il semble avoir du jugement Pour vous rendre ce compliment: Si je ne l’aime et le caresse Je n’aimerai point ma maîtresse, Puisque l’objet d’un chien si beau Me fait souvenir d’Ysabeau, Car nature, pour l’amour d’elle, Lui fit une oreille isabelle. Un satin blanc est moins poli Que cet animal si joli: Mais en un mot, pour vous décrire Combien ces beautés on admire, Je vous dirai ce qu’en a dit Une personne de crédit; Personne qui fait mille fêtes A toutes ces petites bêtes, Et mérite parmi les siens D’être appelé père des chiens: Car admirant que la nature, En cette seule créature Eût ramassé tous ses trésors Pour parfaire ce petit corps, Dit lors à sa proche parente, Morillon ressemble à ma tante: Car comme je ne trouve rien De plus beau que ce petit chien, L’on ne trouve dans cette ville Rien de si beau que cette fille, Et je confesse d’aujourd’hui Que Bellaut est moins beau que lui: Mon Bellaut, mon chien, mon fidèle, Qui vient à moi quand je l’appelle, Qui cependant le jour me suit, Et ne me quitte point la nuit, Après ce témoin sans reproche, Je dis voyant ce chien qui cloche, Que le poulain puisse mourir, Et le châtreur puisse périr Qui nous a coupé l’espérance D’avoir des MORILLONS en France.

Notes

Recueil: Recueil de vers de Monsieur de Marbeuf.

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