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Seigneur, toutes choses créées
Puissent bénir tes mains sacrées
Qui du néant formèrent tout:
Et que l’honneur que l’on te donne,
Infini comme ta personne,
Ne puisse avoir jamais de bout.
Que le sujet de tes louanges,
Serve à la musique des Anges,
Et que les ordres glorieux
Que ce grand corps céleste enserre,
Apprennent toujours à la terre,
L’honneur que te rendent les cieux.
Ô lune, ô brillantes étoiles,
Et vous qui dissipez les voiles
Des nuits et des jours nuageux:
Ô beau Soleil, clarté première,
Bénissez Dieu, dont la lumière
Allume, et fait luire vos feux.
Bénissez le Seigneur, tempêtes,
De ce qu’il a fait que vous êtes
Le frein et l’effroi des méchants:
Et vous bénissez, ô rosée,
Cette main qui vous a versée,
Afin de réjouir nos champs.
Petits zéphirs, douces haleines,
Délices des eaux et des plaines:
Pour porter par tout l’univers
L’honneur de la gloire éternelle,
Esprits volants, prêtez votre aile,
Ainsi que je prête mes vers.
Eté, chaleurs, foudres, orages,
Hiver, glaces, neiges, nuages,
Bénissez à tous les moments,
Par un Cantique de louange,
Celui-là qui jamais ne change,
Et qui fait tous vos changements.
Aurore, agréable courrière,
Jour et nuit, ténèbres, lumière,
Que votre contrariété,
De qui l’effet nous est notoire,
S’accorde à publier la gloire
De l’éternelle majesté.
Afin que nul ne vous oublie,
Seigneur, que la terre publie
Votre nom tant et tant de fois,
Qu’autant que nous avons d’oreilles
Pour en écouter les merveilles,
Puisse-elle avoir autant de voix.
Bénissez le Seigneur, campagnes,
Prés et bois, vallons et montagnes,
Bénissez le Seigneur, ruisseaux,
Grandes mers, petites fontaines,
Bénissez-le grandes baleines,
Bénissez-le petits oiseaux.
Louons le Seigneur, nous qui sommes,
Ô Israël, enfants des hommes,
Que si les bêtes ici-bas
Le bénissent dans leur étable,
Nous ayant l’esprit raisonnable,
Pourquoi ne le lourions-nous pas?
Que les prêtres dedans leurs temples,
Par leurs adorables exemples
Te fassent rendre de l’honneur:
Que l’humble qui devant toi tremble,
Et que le juste tout ensemble,
Bénisse ton nom, ô Seigneur.
Que non seulement les Conciles,
Les décrets et les Evangiles
Nous fassent adorer ton nom:
Mais que la guerre en ses alarmes,
L’apprenne même à ses gendarmes
Avec la bouche du canon.
Ainsi trois innocentes âmes
Vous louaient au milieu des flammes,
Ô Seigneur, qui dans l’infini
Des temps, des heures, des journées,
Des mois, des saisons, des années,
Et des siècles sera béni.