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Deux bons peintres un jour disputèrent la gloire
De faire à qui mieux mieux deux excellents portraits,
Avouant celui-là digne de la victoire,
Qui suivrait de plus près la nature en ses traits.
L’un peignit un prêcheur, lequel de sa posture
Semblait entretenir grand nombre d’assistants:
Et l’autre ingénieux fit voir par sa peinture
Un drôle qui buvait et qui haussait le temps.
Le juge du décord en son esprit chancelle,
Pour dire son avis des deux portraits qu’il voit:
Ne sachant au certain lequel des deux excelle,
Ou de celui qui prêche, ou de celui qui boit.
Rien ne manque au prêcheur, dit-il, que la parole,
Tant sa tête s’accorde aux gestes de son bras:
J’ai donc gagné, dit l’autre, et vois-tu pas mon drôle
Qui boit? Et qu’en buvant l’homme ne parle pas.