«
Voyez cet amour extrême,
Nymphes, Narcisse qui fuit
La Déesse qui le suit
Est amoureux de soi-même,
Et lui-même a soi se nuit:
En buvant il voit sa face
Dessus l’onde, et là-dedans,
L’amour d’un miroir de glace
Lui fait des miroirs ardents.
Vous-même a vous sacrifice,
Vous vous tuez sur ces bords
Ce que vous cherchez dehors,
Contentez-vous beau Narcisse,
Vous l’avez dans votre corps.
L’eau vous brûle et votre vie,
Qui donc éteindra ces feux,
Cet enfant n’a plus d’ouïe,
Son oreille est à ses yeux.
Las que vous fussiez sans vue,
Narcisse, en ce triste jour,
Vous seriez à votre tour,
Au lieu que l’amour vous tue,
Sans les yeux, le Dieu de l’amour.
Il vaut mieux qu’on vous laisse,
Comparant leurs feux jumeaux
Au Soleil lors qu’il abaisse,
Les siens au signe des eaux.
La Vierge est une fontaine,
Qui parmi l’impureté,
Qui parmi la saleté
De notre nature humaine,
Conserve sa netteté.
En ce cristal tu te mires,
Grand Dieu Narcisse parfait,
Et toi-même en toi t’admires,
Amoureux de ton objet.