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L’Amour durant mon premier âge,
Avec les fers du mariage,
Liait mon corps et ma raison:
Mais à présent ma femme est morte,
Et j’ai la clé de cette porte
Qui me retenait en prison.
Tous mes soins s’en vont en fumées,
Avec ces torches allumées,
Quand au tombeau je la conduis:
J’ai donc raison si je célèbre,
Au lieu d’une oraison funèbre,
Un chant de triomphe aujourd’hui.
La bienséance, en sa mémoire,
Me fait porter la couleur noire:
Mais je vous dirais nettement,
Que c’est pour ne rompre la mode,
Et que ce deuil ne m’incommode,
Ne passant point le vêtement.
Bien vite avec cet équipage
Je dresse aux enfers un voyage,
Pour dire à ce vieux nautonier
Qu’il passe tôt sa vaine idole,
Et que je donne une pistole
Pour ma femme, au lieu d’un denier.
J’ai le dessein dans ma pensée,
Alors qu’elle sera passée,
De faire ma plainte à Pluton,
Qu’un diable pour me rendre infâme,
Dessous la forme d’une femme,
Me fît épouser Alecton.
Je dirais qu’au lieu de Cerbère
Il peut enchaîner ma Mégère,
Étant assuré que sa voix,
Encor qu’elle n’ait qu’une tête,
Fait plus de bruit que cette bête
Laquelle en a jusques à trois.
Ainsi je veux faire trophée
D’aller aux enfers comme Orphée:
Mais si ce sot veut séjourner,
Afin que sa femme revienne,
J’y descends afin que la mienne
N’en puisse jamais retourner.