«
Ô pierre que je vois sur cette sépulture,
Si même plus que toi mon âme devient dure
Dedans un cœur de chair:
C’est de peur que mes yeux n’asséchassent mes veines,
Qu’en se faisant fontaines,
Ils en ont pris la source en un cœur de rocher.
Un rocher c’est bien dit, car ma persévérance
À regretter ma perte, a réduit ma confiance
À telle qualité;
Qu’en tous ces accidents mon naturel approche
De celui d’une roche,
Réservé qu’il n’a pas d’insensibilité.
Non, j’ai tort, son trépas me fut si fort sensible,
Que trop de sentiment me rendit insensible,
Puisque malgré mes vœux
Je perdis mon espoir en perdant une tante,
Qui fut étant vivante,
Plus que mère à ses fils, et mère à ses neveux.
Nous portions même nom dans une même ville,
Je l’appelais le cœur du corps de la famille:
Et tant de différents
Qui du jour de sa mort ont commencé de naître,
Nous ont bien fait connaître
Qu’on trouve peu d’amis, et beaucoup de parents.
Destins, j’ai trop senti l’effet de votre envie
Quand vous m’avez privé d’une si douce vie;
Mais malgré vous, pervers,
Si mon nom est écrit au temple de mémoire,
De la main de la gloire,
Son nom en même lieu sera mis dans mes vers.