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A monseigneur le Duc de Chevreuse

Pierre de Marbeuf · 1628 · Baroque · 17e siècle
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L’honneur des actes immortels N’appartient qu’à la voix des Anges, Grand Prince les vôtres sont tels, Qu’ils sont dignes de leurs louanges: Mes respects n’osent avouer Ma langue qui veut vous louer; Car la vôtre seule est capable D’exprimer par un sens parfait, Combien chacun trouve admirable Tout ce que votre main a fait. Après tant et tant de combats, Où l’on vous a vu si bien faire, Votre vertu n’en parlant pas, Me commande assez de me taire, De vous seul je veux recevoir Toutes les lois de mon devoir: Mes les honneurs que l’on doit rendre À vos mérites, m’ont enjoint, Quoique vous puissiez me défendre, D’obéir jusques à ce point. Quand je dirais que votre main Se fait redouter à la guerre, Et qu’un visage plus qu’humain, Vous fait aimer dessus la terre: Quand je dirais que vos valeurs, Ont rendu vos destins meilleurs, Et dissipant tous les obstacles, Ont bâti vos prospérités, Autant dirais-je de miracles, Que je dirais de vérités. Je dois commencer ce propos, Par où commença votre peine, Le travail et votre repos Se sont suivis comme une chaîne: Le flatteur qui parle si doux, Ne confit point son miel pour vous, Puisque sa langue envenimée Ne peut abuser de vos sens, S’il veut qu’on paie sa fumée, Qu’il vende autre part son encens. Ayant vaincu tous les malheurs, Vous triomphez de leurs ruines, Pour dormir un jour sur les fleurs, Qu’avez-vous fait sur les épines? L’honneur vous suit de toutes parts, Vous le trouvez dans les hasards, Et quoi que vomisse à la guerre La gueule des foudres guerriers, Vous n’en craignez pas le tonnerre, Après avoir tant de lauriers. Quand ce misérable dessein, Qui vous ôta votre patrie, Vous eut arraché de son sein Pour vous envoyer en Hongrie: Ayant vu comme vos douceurs Savaient par tout gagner les cœurs, Si je perds des Princes si rares, Nous dit la France à cette fois, Les François seront des barbares, Et les barbares des François. Lorsque l’on vous fit revenir, La France oyant la réprimande Du ciel, qui pour vous retenir Voulait refuser sa demande: Lui fit une promesse alors. Qu’elle emploierait tous ses efforts, Afin de réparer l’offense; S’obligeant de payer un jour L’amende d’une telle absence, Par les intérêts du retour. À ce retour victorieux L’ont vit la rage de l’envie, Avec des soins laborieux Traverser toute votre vie: Contre vous elle conjura, Et la fortune lui jura, Que les adversités nouvelles, Vous persécutant sans raison, Lui fourniraient toujours des ailes Pour sortir de votre maison. Heureux pour vous fut ce serment, Car puisqu’elle est une volage, Ou tôt ou tard son changement Devait être à votre avantage, Aussi grands qu’étaient vos aïeux, Grand Prince, vous avez comme eux, Fait cet affront à la fortune, Les malheurs étant abattus, D’avoir eu malgré sa rancune, Ce que méritaient vos vertus. Avec des efforts indomptés, Votre courage qui la brave, Nous a fait voir de tous côtés, Que la fortune est votre esclave; Les malheurs faisaient des mutins Contre les arrêts des destins, Afin d’aider cette rebelle: Mais le Ciel en étant marri, Vous fît donner en dépit d’elle, Celle qu’aimait son favori. La nature fit un effort, Pour faire une telle Princesse, Et le Ciel du premier abord, La reconnut comme Déesse; Les astres en crurent autant, Et favorables à l’instant De sa bienheureuse naissance, Ils la virent des mêmes yeux, Dont leur fatale bienveillance A regardé naître les Dieux. On maria cette beauté Au plus fortuné de la France, Lui mourant, elle a mérité D’avoir le plus grand en vaillance: À ce coup seul ce brave cœur, Perdit le titre de vainqueur, Qu’eût-il fait contre tant de charmes? Cette Vénus dans ses regards, Montra bien qu’elle avait des armes Qui pouvaient vaincre notre Mars. Vous qui voyez lever le front De ce bâtiment magnifique, Vous voyez les fruits qui naîtront De cette concorde pudique: Les Dieux seuls pourront dignement Loger dedans ce bâtiment; Que si quelque mortel l’habite, Il n’appartient qu’au fils d’un Roi, Ou personne ne le mérite, S’il n’est neveu de Godefroy. Je suis au bout de mes souhaits, Immortels je vous remercie, Vous m’avez mis dans le palais Où vous mettez la courtoisie; Que mon Prince vive longtemps, Et mes désirs seront contents: Car ainsi ferais-je paraître Combien j’estime la faveur, Qu’après avoir fait un tel maître, Vous m’en faites le serviteur.

Notes

Recueil: Recueil des vers de Monsieur de Marbeuf.

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