«
Si j’avais eu plus de loisir,
J’aurais eu du mal d’avantage:
Mon bonheur m’épargne un voyage,
Que je devais à mon désir,
J’avais voulu voir votre terre,
Mais mon dessein a réussi,
Je ne veux plus voir l’Angleterre,
Puisque l’on vous peut voir ici.
Seule Déesse des beautés,
Prenez en gré mes sacrifices,
Je vous offre tous mes services,
Non tout ce que vous méritez:
Ce serait une chose étrange
Si vous aviez de la rigueur,
Puisqu’ayant la face d’un Ange,
Vous en devez avoir le cœur.
De m’assujettir sous vos lois,
L’amour mon maître s’étudie,
Puisqu’autrefois la Normandie
Se vit sujette des Anglois.
Encore que nulle Française
Ne m’ait donné le nom d’amant,
S’étonnera-t-on qu’une Anglaise
Soit la maîtresse d’un Normand.
Les ruines de nos beaux lieux,
Reliques de notre misère,
Nous sont témoins de la colère,
Et des combats de vos aïeux:
Mais la paix a fini ces guerres,
Pour en confirmer les accords,
Si la mer sépare nos terres,
Que l’amour unisse nos corps.