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Le mélancolique

Pierre de Marbeuf · 1628 · Baroque · 17e siècle
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Ô vous dont les attraits ont été si puissants, Que mon esprit forcé de défendre mes sens A reçu des atteintes: Excusez si je parle ici de mon tourment, Souffrant je ne peux avoir du sentiment, Et n’avoir pas de plaintes. Ou pleurez ou m’aimez, étant sans amitié, Rendez-moi pour le moins les marques de pitié Qu’ont les plus belles âmes: Et sans me tourmenter d’un supplice nouveau, Ne me refusez pas de me donner de l’eau, Me refusant vos flammes, Que si vous me jugez indigne de vos pleurs, Dites-le pour le moins, pour flatter mes douleurs, Dans le mal qui me touche: Hélas! parlez à moi, si vous ne voulez pas Que j’emprunte vos yeux pour pleurer mon trépas, Prêtez-moi votre bouche. Cette divine bouche a des propos si doux, Que soit que mon offense appelle son courroux, Ou qu’elle me console: Mon esprit se ressent tellement allégé, Qu’il veut encor faillir, qu’il veut être affligé Pour ouïr sa parole. Quoi vous parlez des yeux, et leurs puissants regards, Me jettent dans le cœur et des traits et des dards, Dont la rigueur me tue: Beaux yeux que j’aime tant, avez-vous le pouvoir Qu’on donne aux basilics, que l’homme ne peut voir Sans mourir de leur vue. Pardonnez-moi, beaux yeux, humble je me repends, Alors que je compare au venin des serpents Votre feu qui m’éclaire: Vous êtes bien plutôt des astres, mais les dieux Ont tort de vous loger, pour luire dans les cieux, Avec le Sagittaire. Au pouvoir de vos yeux vous ajoutez encor, De vos cheveux frisés les tresses qui sont d’or, Dont la puissance est telle: Que je ne peux trouver d’assez forte raison Qui défende aux captifs d’entrer à la prison Où la chaîne est si belle. Non, je n’estime pas que la captivité D’un joug si gracieux contre ma liberté Me donna de la peine: Car pour m’ôter du cœur tout mécontentement, Je demande aussitôt d’entendre seulement La voix de Madeleine. Ô voix qui me charmez par vos enchantements, Et qui coulez aux cœurs tant de contentements, Je tairai vos louanges: Puisqu’un mortel ne peut louer sans vanité L’incomparable voix d’une divinité Qu’avec la voix des Anges. Anges mignons du ciel, Anges à cette fois, Prêtez-moi votre esprit, prêtez-moi votre voix, Pour louer ma déesse: Anges excusez-moi, car je me suis mépris, Vous n’avez plus de voix, vous n’avez plus d’esprits Qu’au corps de ma maîtresse.

Notes

Recueil: Recueil des vers de Monsieur de Marbeuf.

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