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La recherche des neuf Muses...

Pierre de Marbeuf · 1628 · Baroque · 17e siècle
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Après tant d’ouvrages divers, Il faut que pour vous je compose, Puisque par vous je parle en vers, Puisque par vous je parle en prose: De la mer viennent les ruisseaux, À la mer retournent les eaux, Mes vers sont fruits de vos écoles, Pour vous payer de vos bienfaits, Recevez de moi des paroles, Ne pouvant recevoir d’effets. Mais quel sujet dois-je choisir, Afin que je puisse vous plaire, Ce doute fait que j’ai désir, Pour vous obliger de me taire: Que si vous voulez avouer, Ma plume qui veut vous louer, Vous deux rendrez votre mémoire Louable à la postérité, Vous en méritant cette gloire, Elle en disant la vérité. Vous me regardez de travers, En parlant de votre louange: Pour vous faire agréer mes vers, Le sujet de mes vers se change; Me traitant ici chèrement, Vous m’obligez tacitement À vanter l’honneur du Collège, Mais louant ce séjour Royal, Pour commencer encor dirai-je Que vous êtes le principal. Parmi les nouveaux bâtiments On y voit des restes antiques, Que des toits jusqu’aux fondements Nous devons tenir pour reliques: Suffise que l’on a nourri Dedans ces lieux le grand Henry: Que si ni les arcs ni les armes N’ont fait peur à ce nourrisson, Il se souvenait aux alarmes Que la flèche était sa maison. Pourrait-on oublier jamais Ce Monarque, honneur de la terre, Qui pour nous faire vivre en paix, Recherchait la mort à la guerre: Toujours, toujours dedans nos cœurs Seront gravés les faits vainqueurs, Et pour faire que l’on conserve La mémoire de ses hasards, On a fait demeurer Minerve Où demeurait ce jeune Mars. Le temps avecque son effort, La médisance avec la Parque, Ne pourront jamais faire tort À la gloire de ce Monarque: Afin de combattre pour lui, Le jeunesse vient aujourd’hui En ce lieu, de chaque Province, Quinze cents cœurs, trois mille bras Défendent le cœur de ce Prince, Sous les enseignes de Pallas. Ces grands guerriers nos vieux Gaulois, N’eurent jamais telle police, Le chef peut tout avec sa voix, Sur cette petite milice; L’obéissant est le soldat Le plus courageux du combat: Il est vrai, leurs lois sont très belles: Mais qui voit sans étonnement, Que neuf sœurs, neuf faibles pucelles, Gouvernent un tel régiment. Par la malice des pervers, Cette troupe étant vagabonde, Elle parcourut l’univers, Et ce lieu seul lui plût au monde: L’air en est doux, le pays bon, Et bien qu’aux grandeurs de Bourbon Nulle autre grandeur ne s’égale, Ne devions-nous pas souhaiter Une maison qui fût royale Pour les filles de Jupiter? Bâtiment qui charmes mes yeux, Petits ruisseaux, vigne féconde, Beau jardin, parc délicieux, Que quelqu’un de vous me réponde: Je vous conjure, dites-moi Qui de vous tous loge chez soi Le Saint troupeau que je demande Depuis dix ans avec souci, J’ai cherché partout cette bande, La trouverai-je pas ici? Grands arbres qui nous défendez De la chaleur par vos ombrages, Beaux promenoirs qui nous rendez Si plaisants ces petits bocages, Les Muses viennent quelquefois Jouer à l’ombre de ce bois, Lasses du travail ordinaire, Mais elles demeurent si peu, Qu’il faut bien être téméraire Pour les interrompre en leur jeu. Ces berceaux couverts du jardin, Ces parterres, ces palissades Leurs servent parfois au matin Pour trois ou quatre promenades: Mais qui voudrait les arrêter, Quand on les y voit méditer, Je fuis quand une eau diaphane Les invite à voir son surgeon, Peut-être là quelque Diane M’y ferait être un Adeon. Je sais que parfois elles vont Composer sur quelque colline, Si je trouve ici quelque mont, J’y cherche leur troupe divine: Mais profane arrête tes pas, De tous côtés ne vois-tu pas, Que ces montagnes sur leur croupe Ne portent rien que du raisin? Et les Muses ont une coupe, Où l’on ne verse point de vin. L’on dit que Bacchus amoureux, Brûle ici pour l’une d’entre-elles, Et que pour alentir ses feux, Il veut abuser ces pucelles; Voyez l’esprit de ce trompeur, Sachant que les Muses ont peur De l’écarlate de sa trogne, Afin d’attirer leur troupeau, Ici ce cauteleux ivrogne Fait que le vin a couleur d’eau. Par-dessus tous les bâtiments Paraît un dôme à la Romaine, Superbe d’enrichissements S’élève sa tête hautaine: Au-dedans dix arcades vont Courbant, sourcilleuses, leur front, Qui s’orgueillit de la dépense Des piliers qui portent leur faix, Et c’est en ce lieu que je pense, Que les Muses ont leur palais. Une Sainte horreur m’a surpris, Entrant dedans ces lieux augustes, Fuyez hors profanes esprits, Ce lieu ne reçoit que les justes: Henry vivant l’eut pour berceau, Son cœur mourant l’a pour tombeau, Et quelque part que je regarde, Les Muses n’ont point cet honneur, D’avoir eu ce cœur en leur garde, Car Saint Louis garde ce cœur. J’ois des voix qui charment mes sens, Sortir de ces classes voûtées, Et je les juge à leurs accents, Être dignes d’être écoutées: Le Grec, le Latin, le François Est le langage de ces voix, Qui nous disant les faits étranges De la nature; par raison Si ce n’est l’école des Anges, Les Muses font ici leçon. Cette Cour me rend étonné, Alors que je n’y vois personne, Et qu’une cloche ayant sonné, Que tant de monde l’environne: En fin mon temps sera perdu, Après avoir bien attendu, Mes recherches sont inutiles, Que sert d’en dire les raisons, Car les neuf Muses sont des filles, Et je ne vois que des garçons. Parmi les autres j’aperçois Plusieurs habits longs de la sorte, Que sur Parnasse quelquefois, Chacune des neuf Muses porte, Après tant de peine et d’ennui, J’ai vu les Muses aujourd’hui: Mais c’est trop tôt que je me vante, Les Muses sont neuf seulement, Et j’en ai vu deux-cent cinquante Entrer dedans ce bâtiment. Serai-je en fin privé du bien, Qu’en bien cherchant je me propose, Cherchant partout, ne trouvant rien, Et partout trouvant quelque chose: Ici n’est point le double-mont, Cependant les Muses y sont, J’en ai mille preuves sensibles Oyant leurs voix, voyant leurs pas, Si leurs corps ne sont invisibles, Pourquoi ne les verrai-je pas? Vous de qui le commandement Sert ici de loi souveraine, Dites-moi le département, Où loge leur Sainte neuvaine, J’en demande nouvelle à tous, Mais chacun me radresse à vous; Vaine espérance, tu m’amuses D’un parc, d’un jardin, d’un vallon, Où pourrais-je trouver les Muses, Que dans la chambre d’Apollon?

Notes

Recueil: Recueil de vers de Monsieur de Marbeuf. Titre complet: "La recherche des neuf Muses dans le Collège royal de la Flèche". Le titre est précédé de cette description: "Cependant que la Normandie était infectée par la peste, Silvandre alla prendre l’air dans le pays d’Anjou, le principal du Collège de la Flèche, autrefois son maître dans les Ecoles, l’ayant retenu quelques jours, sa courtoisie l’obligea à ce remerciement."

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