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Maintenant que l’amour, achevant son dessein
De me rendre amoureux, a mis dedans mon sein
Et la flamme et la flèche:
Seine n’approchez plus si près de mon séjour,
Hélas je crains pour vous que le feu d’un amour
Trop chaud ne vous assèche.
Et vous chères forêts dont je suis trop prochain,
Pourrez-vous point trouver quelque fatale main
Qui de moi vous recule:
Avecque mes soupirs j’exhale tant de feux,
Que je n’ose éventer ce brasier amoureux
De peur qu’il ne vous brûle.
Ô Seine bien plutôt approchez-vous de moi,
Puisque cette volage a méprisé ma foi,
Mon amour et mon âme:
Appelez avec vous tous vos petits ruisseaux,
Grossissez votre cours, versez sur moi vos eaux,
Pour éteindre ma flamme.
Mais plutôt, ô forêts venez donner secours,
Ne laissez pas noyer de si belles amours,
Qu’une flamme féconde
Vous allume plutôt, montrant à cette fois
Que pour un si beau feu vous fournirez de bois
Jusqu’à la fin du monde.
Notes
Recueil: Recueil des vers de Monsieur de Marbeuf.
Titre complet: L’amour surprît violemment Silvandre à même temps que la conservation des forêts qu’il a dessous sa charge l’obligeait à demeurer au Pont de l’Arche, la situation de ce lieu qui s’élève entre la rivière de Seine et la forêt lui donna matière de ces vers - Stances.