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Elégie

Pierre de Marbeuf · 1628 · Baroque · 17e siècle
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Vous qui voyez combien le sort cruel des armes M’a causé de douleurs: Plus cruels serez-vous, si vous lisez sans larmes, Le sujet de mes pleurs. Mon Euriale est mort, et son Nisus fidèle N’a pu le secourir: Sans toi, fâcheuse absence, une même querelle Nous aurait vu mourir. Mais la Parque ayant su ce qu’en notre jeunesse Nous nous étions promis, L’attaqua, séparé, connaissant sa faiblesse, A vaincre deux amis. Si le Ciel dans nos corps logeait au lieu d’une âme, Une même amitié: Pourquoi suis-je vivant, s’il permet qu’une lame En coupe la moitié? Destins qui me l’avez injustement ravie, Sans plus me consoler: Afin que vous m’ôtiez le reste de la vie, Je veux vous appeler. Si ce pieux dessein qui presse mon courage, Ne me réussit pas: Au moins mon Euriale aura cet avantage De survivre au trépas. Pour l’immortaliser l’on doit voir occupées Les neuf sœurs aujourd’hui: Et nos plumes seront ce qu’alors nos épées Ont dû faire pour lui. Courage, généreux, qui pour une victoire, Comme les plus vaillants, Au péril du combat, as prolongé ta gloire Et raccourci tes ans. Pourrais-tu désirer de nous quelque vengeance, Si tu fus assez fort De tuer en mourant, voulant que ta vaillance Seule vengeât ta mort. Ô mon cher Euriale, au moins reçoit mes larmes, Puisque ton cœur trop franc Ne m’ayant appelé pour seconder tes armes, N’a pas reçu mon sang. Laisse-moi sur la terre en de nouvelles peines, Et vis content ès cieux: Car ce que je voulais qui sortit de mes veines, Sortira de mes yeux.

Notes

Recueil: Recueil des vers de Monsieur de Marbeuf. Titre complet: Elégie sur le désastreux combat de N. ami de Silvandre, qui dans l’avantage de la victoire fut malheureusement tué par son ennemi. Euryale et Nisus sont deux personnages de la mythologie romaine, compagnons de Enée, morts tous deux durant la guerre contre le roi Turnus. Ils forment un couple emblématique de la relation pédérastique chez les anciens.

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