«
J’ai trop longtemps rêvé dessus ce beau visage,
Pour ne confesser pas que j’en aime l’objet:
Et si Jeanne me dit que je ne suis pas sage,
Aussitôt je dirai qu’elle en est le sujet.
L’objet de ses beautés dont mon esprit s’enflamme,
M’assiège tellement qu’il me suit en tous lieux,
Et mes yeux l’ont porté tant de fois en mon âme,
Que mon âme toujours le rapporte à mes yeux.
Sachant la liberté que j’ai d’être avec elle,
D’entendre ses discours et de voir ses appâts,
Le jugement de ceux qui la verraient si belle,
Condamnerait le mien si je ne l’aimais pas.
Je l’aime, et toutefois pas cet amour j’avoue
Quelles sont ses beautés, et quel est mon défaut:
Car la nommant parfaite, alors que je la loue,
Je dis tout, et pourtant j’en dis moins qu’il ne faut.