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Au roi

Pierre de Marbeuf · 1628 · Baroque · 17e siècle
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Soleil dont l’orient fatalement commence Au signe bienheureux de la juste balance, L’hémisphère Français, encor que votre cours Sépare les saisons et distingue les jours, Vous voit toujours tourner dans le même solstice Pour n’éloigner jamais le signe de justice: Bel astre dont je prends pour phare le flambeau, Aux pays étrangers conduisez mon vaisseau, Votre feu sait le temps de brûler et de luire, Qu’il éclaire à ce coup à ma faible navire, Hélène luit pour elle, et Pollux et Castor, Pour avoir tout propice, il vous fallait encor: Son faix est précieux, car c’est votre louange Que je veux transporter plus loin que n’est le Gange, Heureux soit son voyage, et qu’un Zéphire doux Favorise celui qui navigue pour vous. Ô Planète Royal, dont la douce influence Ne découla jamais sur nous que la clémence; Heureux ciel des Français où luit votre clarté, Qui n’amena jamais ni l’hiver, ni l’été: Car la chaleur de l’un, de l’autre la froidure, Ne pourraient compatir avec votre nature, Que la haine jamais ne glaça de froideur. Et que l’ire jamais n’enflamma de chaleur: Si votre Majesté qui toujours est affable Aux cœurs humiliés et toujours adorable, Dès son jeune printemps un automne a produit, Quand vos premières fleurs s’accompagnent de fruit. Agréez donc les fleurs que mon printemps vous donne, Je vous conserverai les fruits de mon automne, Si les mêmes Zéphirs qui les ont fait fleurir, Soufflent mêmes faveurs pour les faire mûrir. Sire, un cœur généreux reçoit de la nature Le désir de dompter devant sa sépulture Sa mort et son destin, le renom ne meurt pas; Mais il reste de nous après notre trépas Je ne sais quoi de grand, qui fait tête aux années, Et casse les arrêts des dures destinées. Et ce renom fameux qui tout par tout nous fuit, Jusqu’à l’éternité fait entendre son bruit. Quand l’âme qui n’est plus dans son corps détenue Revole dans le ciel, comme du ciel venue, Et que là réunie à son éternité, Elle voit au miroir de la divinité Les terrestres objets, s’il est vrai qu’elle hérite Du solide plaisir qu’a produit son mérite, Et que le bruit fameux qu’on lui garde ici-bas Lui plait, voyant son nom survivre à son trépas: Ô grand Roi, quel plaisir et quelle récompense Reçoivent dans le Ciel ces grands Rois de la France, Ces Charles, ces Henris sang royal des Valois, Qui comme vous portaient le sceptre des François, Qui comme vous aimaient les filles de mémoire; Se voyant immortels au temple de la gloire, Et qu’ils vivent encor par tout cet univers, Pour l’amour qu’autrefois ils portèrent aux vers. S’ils commandaient au Ciel, comme ils ont fait en France, Ronsard emporterait des dons en abondance, Pour mieux récompenser sa libéralité, Qui n’a pas moins donné que l’immortalité. Si les destins avaient rétrocédé la vie De l’un de ces grands Rois, en dépit de l’envie, Les Poètes seraient leurs premiers favoris, Riches à leurs dépens, à leurs dépens nourris, Non tous également, mais ils feraient élite De ceux dont la doctrine un tel bonheur mérite: Non ceux qui pour chanter quelque sonnet d’amour, S’estiment aujourd’hui les doctes de la Cour. Si, dis-je, les destins fléchis par nos prières, Faisaient rentrer les ans en nouvelles carrières, Si sortant du tombeau quelqu’un de ces grands Rois Reprenait en sa main le sceptre des François, Les Poètes auraient les grandes récompenses: Non ceux qui montreraient les plus grandes dépenses, Alors que dans le Louvre ils font éclater l’or, Et flamber l’écarlate, et plier le castor. Sire, pardonnez-moi, je désire à la France Un bonheur, dont en vous elle a la jouissance, Je parle en Pythagore, et bien que notre foi Déroge à ces rêveurs, si est-ce que je crois Ne lui faire pas tort, alors que je suppose Qu’en vous nos plus grands Rois ont fait métempsychose, Vous êtes possesseur des biens des Pharamonds, Vous êtes héritier des valeurs des Bourbons, Des vertus d’un grand Roi votre âme fut douée, Ressemblant en cela celle de Mérovée, Vous nourrissez la foi qui naquit sous Clovis, Et votre piété ranimé Saint Louis: Dedans votre esprit seul on reconnait les marques De tous les plus grands Saints, et des plus grands Monarques; Vivez pour nous, grand Roi, vivez toujours heureux, Et pour vivre content, vivez selon mes vœux, Faisant voir la justice en toutes vos provinces, Princesse des vertus, et la vertu des Princes.

Notes

Recueil: Recueil de vers de Monsieur de Marbeuf.

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