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Mon devoir plus fort que la crainte,
Après un long retardement,
M’a délié de la contrainte
Qui retenait mon jugement:
Redevable à vos bons offices,
Je présente pour sacrifices
Mon cœur, mes vers, et mes esprits,
De vous servir c’est où j’aspire,
Mais n’ayant osé vous le dire,
Pardonnez-moi si je l’écris.
Vous savez combien en Lorraine
J’ai reçu de justes plaisirs,
Et là qu’une main souveraine,
Voulut seconder mes désirs:
Mais puisqu’il est très véritable
Qu’un grand Duc me fut favorable,
Par la raison de vos conseils;
La reconnaissance me presse
D’avouer que Nestor en Grèce
N’en donna jamais de pareils.
La bonté de ce jeune Prince
Me fit aussitôt recevoir,
Et les faveurs de sa province,
Et les effets de son pouvoir:
Si bien que l’aise me fit dire,
Allemands quittez votre Empire
Pour avoir l’heur dont je jouis,
Il faut avoir Charles pour maître,
Ou bien plutôt il vous faut être,
Comme moi, sujets de Louis.
Chanvallon, que les destinées
Puissent pour toi changer leur cours,
Afin d’allonger tes années
Qu’elles raccourcissent mes jours:
Mais déjà le ciel, quand j’y pense,
T’a fait goûter la récompense
De tout ce que jamais tu fis,
Puisque l’Église et la noblesse
Ont pour secours, quand on les blesse,
La plume et le fer de tes fils.
Ma vie doit être occupée
Pour vous servir en vous aimant,
Afin d’attirer mon épée,
Votre douceur a de l’aimant:
Que si selon votre coutume,
Vous choisissez plutôt ma plume,
Afin d’éterniser vos ans,
Par des plumes toujours nouvelles,
Mes vers déplumeront les ailes,
Que les destins donnent au temps.