«
N’opposez pas l’amour qui maintenant me presse,
Le défaut de mon âge ou de ma liberté,
L’amour est un enfant, il aime la jeunesse,
L’amour est un dieu libre, il suit sa volonté.
Me croyez-vous faillir aimant une maîtresse,
L’homme ne peut faillir qui suit la déité:
Que sert-il d’apporter du plomb à ma vitesse,
Si j’ai les mouvements d’une divinité?
Amour, pour vaincre tout je ne veux que tes armes:
Mais pour vaincre ma belle il ne faut que mes larmes:
Que si les plus grands biens suivent les plus grands maux,
Ne dois-je pas souffrir un Ilion de peine,
Et ne regretter point le temps de mes travaux
Si je veux mériter la conquête d’Hélène.
Notes
Recueil: Recueil des vers de Monsieur de Marbeuf.
Titre: "Pour Hélène" est le premier de plusieurs sonnets sur le même sujet. Cette série s'intitule ainsi: "En mil six cent dix-neuf, lorsque le grand conseil était à Orléans, une jeune Damoiselle de Paris gagna mes premières affections, et me fit perdre mes dernières études. Mais malgré tous les obstacles, l’amour me persuada qu’étant le maître des dieux je ne devais craindre la résistance des hommes. - Sonnets."