«
Que t’est-il arrivé pour que tu trônes, ici,
Éloignée de ce temple où tu gardais l’entrée ?
Quel barbare brutal est venu t’enlever
Du pilastre où ton front soutenait l’Infini ?
Tu restes fixée là, parfois grave et placide,
Parfois tordue, vaillante, éplorée, en détresse…
Tu regardes passer les foules, qui se pressent
Sans prêter attention à ta froideur livide.
La Nature brocarde ton isolement :
Le lichen te recouvre et le lierre s’emmêle
Autour de tes pieds nus. Les oiseaux te harcèlent
En piaillant sur ta tête irrespectueusement.
Qui viendra remarquer la Beauté que tu caches
Dans l’ombre de ta Mère chryséléphantine,
Dans l’ombre des Davids, de tes sœurs florentines
Et des Atlantes froids qui transpirent leur tâche ?
Quel malheur de te voir oubliée, seule et pâle
Et privée de pudeur par un sculpteur fripon,
Au milieu des jardins, sur les piliers des ponts,
Exposée au soleil et la bise automnale !
Ta présence embellit les douces solitudes
Et les heures passées dans les lieux inconnus…
– Le sourire figé des caryatides nues
Console, chaque fois, les mornes lassitudes.