«
Dis-moi, d'où viens-tu donc, pour être si plaintive,
Âme du soir,
À la fois molle et vive ?
Je voudrais le savoir.
As-tu soufflé sur le cœur d'un avare
Pour le rendre moins dur ?
Ce serait aussi rare
Qu'un beau bouquet venu dans la fente d'un mur.
Te serais-tu un peu en passant arrêtée
Sur une choche en voix
Criant : – « Priez pour eux, la voilà mariée ;
Cheveux noirs, cheveux blancs tresseront une croix. »
As-tu joué autour
D'une femme embrasée
Qui répétait Amour,
En soupirant : – Je suis trompée !
Aurais-tu, à l'écart
Vu mourir celte femme :
As-tu léché la lame
De son poignard ?
N'as-tu pas rafraîchi
Une âme noble, auguste ;
N'as-tu pas imprimé le nom sacré de Juste
Sur son front réfléchi ?
N'aurais-tu point passé par un réduit humide
Ou cinq ou six enfants, se tenant par les bras,
Avaient la bouche ouverte et le regard avide,
Ne voyant rien qui vive, excepté quelques rats ?
N'aurais-tu pas enfin visité l'édifice
Où l'on bâtit la loi ?
N'y aurais-tu pas vu plus d'un corps d'écrevisse
Reculant pour le peuple et avançant pour soi ?
D'où viens-tu, dis-le-moi, pour être si plaintive,
Âme du soir ;
Et quoi qu'il m'en arrive,
Oh ! je voudrais savoir !