«
Ô mon ruisseau,
Que tu es beau,
Et que ta voix est douce ;
C'est comme un cœur qui pousse
Purement des soupirs.
Coule, coule, va vite
Gomme une mort subite,
Et baise mes loisirs.
Des rayons d'or
Se jouent encor
Sur ton eau, sur ton herbe,
L'image en est superbe,
Eblouissante à voir.
Quels reflets de mystère !
C'est Dieu avec la Terre
Riant un peu le soir.
Joli venant,
Petit passant,
Tout habillé d'écaillés,
Jamais tu ne travailles
Tu fraies ou tu t'ébats.
Tu vogues sans nacelle,
Oh ! que ta vie est belle
Quand on ne te prend pas !
Buisson touffu,
Tu as perdu
Tes fleurs malgré l'eau claire
Qui passe sur ta terre
Et te baigne les pieds.
Ta feuille jaunissante
Se détache tremblante
Et vient où je m'assieds.
Bonsoir, soleil !
Qu'à ton réveil
Tout vive à ta nature,
Que la tendre verdure
Repose les douleurs.
Fais fondre la rosée
Pour que ma bien-aimée
Puisse cueillir des fleurs.
Elle aime, aux mois
Où dans les bois
Feuille roule sur feuille.
Dire en marchant : Dieu veuille
Que je vienne y creuser
Un lit en deux lits sombres
Pour qu'à jamais nos ombres
Puissent s'y adorer.
Elle aime aussi
Sourire au nid
Sans que sa main le touche,
Mais l'eau est à sa bouche
D'envie de le tenir ;
Alors les oiseaux viennent
Y boire et puis reviennent
Altérés de plaisir. –
Je suis là seul
Dans le linceul
Que fait la rêverie ;
Linceul, car, dans la vie,
Les rêves sont des morts. –
Oh ! la belle nuit blanche !
Comme la lune épanche
Sa lumière à pleins bords !
Souvent j'ai vu
Le ciel à nu
Se posant avec grâce,
Se mirant dans la glace
Que mène mon ruisseau.
Aussi quand j'ai la fièvre,
J'y goûte, de ma lèvre,
Du ciel avec de l'eau.
Je pense à toi,
Toi qui es moi,
Toi dont la voix n'est faite
Que pour perdre une tête
En y jetant du feu.
À la nuit, à la lune,
Je vais, pour toi ma brune,
Prier bien le bon Dieu.
Mais pour prier,
Pour me signer,
Comment vais-je donc faire ?
Cela me désespère,
Dieu, je suis malheureux !
Ma prière est mal dite ;
Je n'avais l'eau bénite
Qui lui fait ses beaux yeux.