«
L’âme humaine ressemble à l’étrange statue
Qu’on adorait à Rome à l’heure du péril,
Figure à double face, ici morne, abattue,
Et là penchant vers tous un radieux profil.
Chaque face est la vraie, et, pour voir l’œuvre entière,
Il faut, sur un pivot la tournant tour à tour,
Passer du front crispé par la douleur altière
Au front resplendissant de lumière et d’amour.
Lecteurs, s'il vous fallait suivre ainsi ma pensée
À travers la nuit sombre et les feux du soleil,
Peut-être verriez-vous la statue affaissée
Prés de celle que dore un beau songe vermeil.
Mais on sait aujourd'hui l'aspect du pessimiste,
Et moi, pour écarter son ombre de mes traits,
J'ai tiré le rideau sur le visage triste :
Il faut un gai sourire aux lèvres des portraits.
Le livre est un salon où notre âme se montre
Aux inconnus d'hier, aux amis de demain :
Il faut bien se parer un peu pour la rencontre
Et s'essuyer les yeux pour vous tendre la main !
Je ne viens pas à vous comme à l'amphithéâtre,
Livrer un cœur sanglant au scalpel du regard
J'aime bien mieux chanter aux rampes du théâtre,
Et paraître jolie... avec un peu de fard.