«
Sur les ailes du chant je t'emporte, ô mon ange,
Loin des sentiers maudits,
Bien loin dans l'Orient, vers les rives du Gange
Où fut le paradis.
Là je sais un jardin qui brille au clair de lune
D'un éclat enchanteur,
Ou les fleurs du lotus se penchent dans la brune
Pour voir venir leur sœur.
La pervenche aux yeux bleus chuchote avec l'abeille,
Sous les rayons aimés,
Et les roses tout bas s'y disent à l'oreille
Des secrets parfumés.
La gazelle craintive à la source s'abreuve,
Puis reprend son élan,
Et l'on entend au loin les flots du divin fleuve
Rouler vers l'Océan.
Viens ! nous nous étendrons dans l'ombre transparente,
Et, les yeux demi-clos,
Nous boirons à longs traits dans leur coupe enivrante
L'amour et le repos.
(Intermezzo, IX.)