«
Un jour qu'en mon jardin j'allais à la cueillette
Des mimosas en fleurs,
Un artiste en passant m'a volé ma palette
Et ma boîte à couleurs ;
Dans leur enclos obscur il a vu mes pensées,
Trop lentes à fleurir,
Et son souffle effleurant leurs ailes nuancées
Les a fait s'entr'ouvrir.
Puis au pauvre ermitage ayant laissé le vide,
Visiteur sans façon,
Il a repris son coin au wagon du Rapide,
Emportant ma moisson.
Mais voici qu'un beau jour et pastiche et bouture,
Du train parisien,
S'en reviennent vers moi changés en miniature
Par un magicien.
Ah ! quel chef-d’œuvre exquis sous sa main coutumière
Est éclos en chemin !
« Quel éblouissement de vie et de lumière,
« D'azur et de carmin ! »
Comme il fait miroiter tour à tour sur la toile
Ombre et rayon vermeil !
Marseille en robe bleue et Paris, sous son voile,
Qui pleure le soleil !
Il a croqué d'un trait au penchant des collines
« Le grand pin parasol, »
Et jusqu'à la chanson de nos « brises câlines »
Il l'a notée au vol.
Sur mon beau Golfe Juan où leur haleine douce
Trace à peine un sillon
Il ourle « au sable d'or cette frange de mousse
« Qui fond sous un rayon. »
Et dans ce cadre en feu semant les étincelles
De son rythme badin,
Pour mieux décourager les laveurs d'aquarelles
Il vous met un Gudin.
Doux maître, à ton flambeau, de mes ébauches pâles
J'ai brûlé le monceau,
Mais devant cette mer aux tons d'ambre et d'opales
Que faire sans pinceau?
Quand des splendeurs du Beau notre regard s'enivre
La main veut les fixer :
Ah ! dans ce paradis, c'est exister sans vivre
Que voir sans retracer !
Tu m'as pris mon sujet, tu m'as pris mon courage,
Je réclame mon bien :
Passant, rapporte-moi mon crayon sur la plage,
Ou... prête-moi le tien !