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Bis in idem

Cécile d’Affry, baronne d’Ottenfels · 1887 · Parnasse · 19e siècle
«
Un jour qu'en mon jardin j'allais à la cueillette Des mimosas en fleurs, Un artiste en passant m'a volé ma palette Et ma boîte à couleurs ; Dans leur enclos obscur il a vu mes pensées, Trop lentes à fleurir, Et son souffle effleurant leurs ailes nuancées Les a fait s'entr'ouvrir. Puis au pauvre ermitage ayant laissé le vide, Visiteur sans façon, Il a repris son coin au wagon du Rapide, Emportant ma moisson. Mais voici qu'un beau jour et pastiche et bouture, Du train parisien, S'en reviennent vers moi changés en miniature Par un magicien. Ah ! quel chef-d’œuvre exquis sous sa main coutumière Est éclos en chemin ! « Quel éblouissement de vie et de lumière, « D'azur et de carmin ! » Comme il fait miroiter tour à tour sur la toile Ombre et rayon vermeil ! Marseille en robe bleue et Paris, sous son voile, Qui pleure le soleil ! Il a croqué d'un trait au penchant des collines « Le grand pin parasol, » Et jusqu'à la chanson de nos « brises câlines » Il l'a notée au vol. Sur mon beau Golfe Juan où leur haleine douce Trace à peine un sillon Il ourle « au sable d'or cette frange de mousse « Qui fond sous un rayon. » Et dans ce cadre en feu semant les étincelles De son rythme badin, Pour mieux décourager les laveurs d'aquarelles Il vous met un Gudin. Doux maître, à ton flambeau, de mes ébauches pâles J'ai brûlé le monceau, Mais devant cette mer aux tons d'ambre et d'opales Que faire sans pinceau? Quand des splendeurs du Beau notre regard s'enivre La main veut les fixer : Ah ! dans ce paradis, c'est exister sans vivre Que voir sans retracer ! Tu m'as pris mon sujet, tu m'as pris mon courage, Je réclame mon bien : Passant, rapporte-moi mon crayon sur la plage, Ou... prête-moi le tien !

Notes

Recueil: Bouquet de pensées (1888). Dédicace: Au même après la lecture de ses « Quinze Jours au soleil ». Golfe Juan 1887. (Ce poème fait suite au poème "Sous les platanes") https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5427425w/f138.item

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