«
Une viole lointaine apporte à mon oreille
Le tendre lai d'amour,
Le Lied universel que Hermann et Mireille
Ont chanté tour à tour.
Son timbre fait penser à l'onde harmonieuse
Qui coule sans effort,
Dans un lit sans écueil que la mousse soyeuse
Tapisse jusqu'au bord ;
Clair ruisseau reflétant myosotis et pervenches
Dans son miroir d'azur,
Mais se gardant intact pour les colombes blanches
Qui cherchent un flot pur.
Où va ce gai courant ? au Rhône ? à la Durance ?
À l'Océan vainqueur ?
Je ne sais, mais je crois qu'il va vers l'espérance,
Et qu'il court au bonheur;
Car son murmure est doux comme un élan mystique
Vers un être adoré,
Et semble dire à tous comme au divin Cantique
« L'avez-vous rencontré ? »
Oui, j'ai vu dans tes chants l'aimante fiancée
Au sourire coquet,
Et j'ai cueilli pour elle une fraîche pensée
Pour mettre à son bouquet.
Le flot ami qui fuit à travers monts et plages,
Fidèle messager,
Lui portera la fleur que j'effeuille en ces pages
Comme un brin d'oranger.