«
Toi, dont les chants perdus dans la brume lointaine
Par leur contraste étrange avaient séduit mon cœur,
Antithèse incarnée, âme tendre et hautaine,
Lèvre ardente au rire moqueur ;
Sous ton archet magique où l'amour et la haine
Jaillissaient tour à tour comme un torrent vainqueur,
Laisse-moi recueillir leurs flots amers, ô Heine,
Et m'enivrer de leur liqueur !
Laisse-moi distiller leurs gouttes nuancées ;
Et si, dans l'alambic exigu de Boileau,
On voit s'effeuiller tes pensées,
Leur doux reflet du moins scintillera sur l'eau,
Et d'autre mains viendront avec plus de fortune
Désempailler ton clair de lune.