«
Parmi tous ces jardins que la plage de Nice
Voit fleurir chaque hiver plus pressés sur ses bords,
Parmi tous ces palais dont un royal caprice
Semble avoir inventé les fantasques décors,
Il est une villa muette et solitaire
Dont le toit disparait sous ses bosquets ombreux,
Comme une femme en deuil qui, sous son crêpe austère,
Dérobe sa tristesse aux regards des heureux.
En vain sur ses vieux murs un gai soleil rayonne,
En vain les orangers embaument le jardin,
En vain la violette et la fraîche anémone
La tapissent partout comme un terrestre Éden :
Elle est là devant moi, morne au milieu des roses,
Sourde aux appels joyeux de la jeune cité,
Cachant sa vétusté sons ses persiennes closes
Qui disent l'abandon du foyer déserté.
Plus de cage d'oiseaux chantant à la fenêtre,
Plus de ruche d'abeille au gai bourdonnement,
Et dans la sombre allée où nul pas ne pénètre,
De mon cœur oppressé j'entends les battements.
Ô paradis perdu !... Quel calme mortuaire,
Quel parfum du passé respire encor ton seuil !...
Des souvenirs aimés vénéré sanctuaire,
Garde, garde à jamais ton silence et ton deuil !
Ignore jusqu'au nom du brocanteur profane
Qui t'achète aujourd'hui pour te vendre demain,
Et qui t'offre aux passants comme une courtisane
Sur ce triste écriteau qui longe le chemin !
Ton aspect désolé sera ta sauvegarde,
Et quand de maître encor il te faudra changer,
De tes murs affaissés l'effrayante lézarde
En défendra du moins le seuil à l'étranger.
Ils cueilleront la rose, ils arracheront l'arbre,
Ils verseront l'asphalte où poussait le gazon,
Mais s'ils voulaient franchir tes vieux gradins de marbre
Tombe alors, il est temps !... tombe triste maison !