«
Il a neigé sur le parterre !
Les rosiers n'y comprennent rien,
Les dahlias ont l'air austère
Des vieilles gens qui savent bien...
Laissant flotter leur lourde hermine,
Mes beaux zinias ébouriffés
Semblent des rois de pantomine
Aux manteaux blancs mal agrafés ;
Et, raidis par l'âpre baptême
Qui les change en bâtons givrés,
Rose trémière et chrysanthème
Me lancent des regards navrés.
Oui, le ciel vous fait tort, pauvrettes !
Vous aviez tout un mois encor
Pour étaler ces collerettes
Aux beaux festons de pourpre et d'or ;
Mais ce mois-là c'était l'automne
Aux jours blafards et sans soleil,
C'était le rideau monotone
Tendu pour le prochain sommeil ;
C'étaient la bise et ses rafales,
C'étaient la pluie et le brouillard,
Effeuillant calice et pétales
Sous les pas de l'été fuyard ;
C'était le temps impitoyable
Posant son morbide baiser
Sur cette corolle adorable
Dont le parfum sut nous griser ;
C'était tout le triste cortège
Qui prélude au triste moment...
Fleurettes bénissez la neige
D'avoir brusqué le dénouement !