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Dans un jardin bien clos, à l'abri de la bise,
La fleur vient d'entr'ouvrir son calice vermeil,
La fleur rare qui vient de la terre promise,
Du pays de l'espoir, du rêve et du soleil.
Nul ne dira son nom, ni la main qui l'arrose,
Ni la voix qui tout bas la berce de ses chants :
Elle tient à la fois du lis et de la rose,
De la fleur du lotus et de la fleur des champs.
Elle a le fier essor des tiges élancées
Qui s'élèvent tout droit vers le ciel et l'azur ;
Elle a le long regard des rêveuses pensées
Qui posent une énigme à notre esprit obscur.
Elle ouvre avec bonheur sa riante corolle
Aux rayons du matin qui dorent l'horizon,
Et ce prisme enchanté lui met une auréole
Qui resplendit au loin sur le sombre gazon.
Depuis qu'elle est en fleur la nature est en fête,
L'été rayonne mieux sous son rayonnement,
Et l'oiseau des forêts, comme un heureux prophète,
Chante une hymne de joie à son avènement.
Car sa vue a pour tous un charme magnétique,
Car son cœur d'or recèle un talisman secret,
Doux philtre virginal, doux aimant sympathique,
Dont chaque être à son tour subit l'étrange attrait.
Les plus beaux papillons voltigent autour d'elle,
La plus humble fourmi vient lui faire sa cour,
Le grillon sous son ombre apporte sa crécelle,
Le moucheron plaintif lui chante un lai d'amour.
Et pour tous elle garde en sa coupe irisée
Quelque présent du cœur, quelque manne du ciel :
Pour la bête à bon Dieu la goutte de rosée,
Pour l'abeille chercheuse une goutte de miel.
Pour la brise altérée elle a son doux arôme,
Pour la brume du soir sa riante couleur,
Et pour les cœurs meurtris elle distille un baume,
Qui leur fait un instant oublier leur douleur.
Heureux qui cueillera la fleur mystérieuse,
Comme un rameau béni du céleste jardin,
Et la transplantera de sa retraite ombreuse
Dans un sol enchanté, dans un terrestre Eden !