«
Comme les épis mûrs que la gerbe balance
Au souffle de l'été,
Ainsi l'âpre pensée aux champs humains s'élance,
Fière d'avoir porté.
Mais la pensée éclose en un cœur de poète,
Ce n'est pas du froment :
C'est le bluet, l'ivraie, inutile fleurette,
Qu'y s'y mêle un moment.
Ô bluets, ô pavots, de vos fraîches corolles
Parsemez le guéret !
Le rustre paysan vous traite d'herbes folles
Et vous souffre à regret ;
Mais la rêveuse enfant qui cherche une couronne
Pour son beau front vainqueur
Ce soir va vous tresser sur sa tête mignonne,
Vous poser sur son cœur ;
Et sur ce cœur ému l'amour ira vous prendre
Pour s'en faire un trésor :
Fleurissez pour l'amour, bluets sans même entendre
Qu'on vous dédaigne encor !...
(Epilogue de la mer du Nord.)