«
Je la vis toute pâle,
Comme une blanche opale
Au doux reflet nacré,
Jolie et vaporeuse
Comme un portrait de Greuze
Sous un voile givré.
Je la vis triste et douce,
Comme un beau lis qui pousse
Dans un sombre réduit,
Et pour chauffer son être,
Va cherchant la fenêtre
Ou le gai soleil luit.
J'ai vu dans ses yeux d'ange
Une lueur étrange
S'allumer par moment,
Et le buste d'albâtre,
Aux rayons de cet âtre,
S'éclairer doucement...
C'était la tourterelle
Qui sent naître son aile,
Et s'essaie à chanter,
Déjà lasse d'attendre
La voix charmeuse et tendre
Qui saura l'enchanter.
C'était une âme aimante
Où la sève fermente
Aux effluves d'avril,
Et sa grâce exotique
Disait comme au Cantique :
« L'époux quand viendra-t-il ? »
« Là, dans mon Nouveau-Monde,
L'amour règne à la rende,
Trop pur pour se cacher,
Et le cœur de la femme
Garde un foyer de flamme
À qui sait l'y chercher.
« Ah ! mettons à la voile,
Vers ce ciel que ne voile
Nul austère brouillard,
Vers mon grand pays libre,
Où la poitrine vibre
Sans craindre le regard !
« Beau steamer qui m'emportes,
Tu m'ouvriras les portes
Du paradis rêvé,
Car au lointain orbite
J'entraîne un satellite
À mes traces rivé. »
Je vous vis toute pâle
Nous quitter, blanche opale
Au doux reflet nacré,
Jolie et vaporeuse
Comme un portrait de Greuze
Sous un voile givré.
Je la vois toute rose,
Votre joue où se pose
Le baiser d'un époux,
Et la Psyché du Louvre
Dont le bras blanc s'entr'ouvre
Me fait penser à vous.