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La sympathie est chose ailée :
Libellule aux frêles couleurs,
Fauvette à la note perlée,
Abeille qui choisit ses fleurs.
Nul ne sait comment elle est née,
Effluve d'un rêve ou d'un chant,
Génération spontanée,
Reflet d'aurore ou de couchant ;
Divine étincelle électrique
Qu'on voit jaillir comme un éclair
De ce grand courant sympathique
Qu'une âme en feu répand dans l'air.
À travers la page étoilée
Qui rayonna sur son chemin,
Parfois, étrangère voilée,
Elle vient vous tendre la main.
Elle apporte encore une joie
Au cœur que l'encens n'atteint plus,
Et jette une fleur sur la voie
À vos pieds, charmeurs inconnus.
Mais la vapeur qui nous emporte
Pour la cueillir n'arrête pas,
Et demain la fleur sera morte
Sans avoir embaumé vos pas.
Ah ! combien d'amitiés en germe
Un chant ferait épanouir
Si l'on pouvait avant le terme
S'accorder le temps d'en jouir !
Si dans cette course éperdue
Vers la gloire au brillant hochet
Le charme d'une heure perdue
Un jour enfin nous rapprochait !...
Mais à quoi bon s'écouter vivre
Le long du funèbre chemin,
Où jamais le cœur ne se livre
Que pour l'adieu du lendemain ?
Dans notre courte traversée
La joie est trop près des regrets !
Sachons savourer la pensée
Sans vouloir connaître les traits.
Laissons l'âme à travers la plume
Resplendir dans son vrai décor ;
Le flambeau qu’une idée allume
De loin éclaire mieux encor.
Il ressemble à la lune austère
Qui plane dans l'immensité,
Ne se révélant à la terre
Que par son lumineux côté,
Ne répandant, lampe éthérée,
Qu'un demi-jour mystérieux,
Beau crépuscule, aube azurée
Qui repose l'âme et les yeux.
La sympathie est chose ailée :
Libellule aux frêles couleurs,
Fauvette à la note perlée,
Abeille qui choisit ses fleurs,
Douce éclosion spontanée,
Reflet d'aurore ou de couchant,
Elle vivra comme elle est née :
D'un rayon, d'un rêve, d'un chant.